‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 26 sur 223 · LE PÈRE DE TOURNÉLY · texte numérisé non relu

LE PÈRE DE TOURNÉLY

qu'à Laval on nommait la sainte, et qui, parlant un jour de son fils Léonor, prophétisa ainsi : « Il sera le précurseur de la Compagnie de Jésus. » La vertu du jeune prêtre avait grandi avec les douleurs de l'Église, dans les travaux de l'exil. Le jour où ses compagnons l'avaient choisi pour chef, le premier commandement qu'il leur avait donné avait été de passer sur son corps, en le foulant aux pieds, et il avait fallu obéir. Dès lors, il n'avait plus voulu être que leur serviteur, s'oubliant pour eux à toute occasion du jour , et la nuit encore se levant pour réchauffer leurs pieds , dans leurs lits, comme ferait, la plus tendre mère.

Dieu était tout pour ce prêtre : « Soyez tout à Dieu et n'aimez que Jésus ! » répétait-il à ses frères. Son oraison habitait des hauteurs fréquentées par les plus grands saints. On raconte que souvent sur les neuf heures du soir, quand le temps était pur, il se mettait à la fenêtre, et de là contemplant le firmament silencieux : « Calme du ciel ! » répétait-il dans son ravissement, « calme du ciel! » Alors on aurait dit que ce calme céleste avait passé dans tout son être. A l'autel, c'était un ange. A peine avait-il prononcé les paroles de la consécration que ses yeux devenaient deux fontaines de larmes qui détrempaient les linges sacrés et l'hostie elle-même : « Ce sont mes péchés et la bonté de Dieu qui me forcent à pleurer, » disait-il en s'excusant.

La grande dévotion de cet homme humble et doux, c'était le Cœur de Jésus. On l'entendait repéter : « 0 Cœur adorable de mon Sauveur, si les hommes vous connaissaient, combien ils vous aimeraient! » — « Un jour, dit le Père Varin , entrant seul dans sa chambre, j'y

rencontrai par hasard un papier sur lequel je lus ces lignes écrites avec son sang : « Je me consacre au Cœur de Jésus et de sa Mère. Je fais en conséquence le vœu d'employer ma vie à propager la dévotion au Sacré-Cœur et à l'Immaculée Conception de Marie. Je m'engage à renouveler ce vœu deux fois l'an. » Que pouvais -je faire de mieux que d'imiter ce cher père? ajoute son disciple. Tout plein de cette pensée, je sortis précipitamment, et, étant allé me recueillir devant l'autel, je pris le même engagement que lui, sans restriction ^ »

Dieu paya Tournély de cet ardent amour par des lumières extraordinaires-. C'est dans une de ces mystérieuses communications qu'il reçut l'ordre d'établir l'Institut qui nous occupe. Le Père Varin l'a raconté plusieurs fois de cette sorte :

« Le Père de Tournély avait un journal secret, sur lequel il avait coutume de noter simplement ce qu'il éprouvait chaque jour. Or voici ce que l'on trouve marqué en un endroit :

« Je me suis considéré devant Dieu, et, ayant

vu ma bassesse et celle de mes frères , je n'ai pu com-

' Journal du Noviciat de Paris, 22 juillet 1830.

2 M. l'abbé Emery y fait allusion dans une lettre. Au sortir de sa prison, ayant eu le bonheur de rencontrer en Allemagne la colonie et son chef, il en marquait ainsi son édification : « Ils vivent comme des saints, et roulent dans leurs têtes les projets les plus étonnants comme les plus saints. J'admire leur foi et leur courage. 11 est très-incertain que ce qu'ils auraient le plus ;\ cœur put réussir; mais ce qui est très -certain, c'esl qu'ils font de grands progrès dans la vertu. 11 paraît que leur confiance dans Tournély est au plus haut point; et il le mérite, car les grAces que Dieu lui fait sont vraiment cx[l>fr|3ttaï^iq^s. ■> Lellre de M. /•'wrrj/ à l'abbc Courlade, du 28 avril MdG^^^^yi-û-ftubOé^ \'iHèh', du 8 juillet suivanl.

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