ELLE EST APPELÉE AU SACRÉ COEUR
En effet, c'était sur ell-e que Dieu voulait élever l'édifice de la Société de son Cœur'. »
Le Père Varin communiqua au Père Louis Barat ses vues sur sa jeune sœur. Celui-ci y adhéra avec actions de grâces. Il avait maintenant la clef de celte destinée qu'il avait préparée sans la distinguer clairement. Eu conséquence il remit la conduite de sa sœur à celui qui avait reçu lumière et grâce pour cela. Quant à lui, il regarda sa tâche comme achevée. Il avait préparé, émondé et labouré le champ par le sacrifice; mais pour y faire fleurir une douce et libre piété, il fallait sans doute une autre main que la sienne.
Le Père Varin avait autant de décision, mais plus de mansuétude que le Père Barat. Lui-même dirigeait dans le monde une sœur mariée et mère de famille, et on ne peut rien lire de plus fort et de plus suave que ses lettres de direction, où la tendresse du frère se retrouve à chaque ligne sous l'autorité du prêtre et l'austérité du religieux. Sophie Barat allait trouver, dans ce père de son âme, quelque chose de cette charité et de cette fermeté, mais tempérée par le respect de sa liberté. C'était surtout au moment d'une grande détermination que son cœur avait besoin de toute sa spontanéité pour s'engager à Dieu.
Lorsqu'il eut été donné au Père Varin de lire dans l'âme de la jeune fille, qu'il eut beaucoup médité et beaucoup prié, il lui demanda un jour ce qu'elle voulait être. Sophie lui répondit qu'elle se croyait appelée à la vie religieuse, et qu'elle désirait entrer chez les
1 Carton de Vienne, ibid., p. 17, Vie du P. Varhi, p. 131 et 132. Voir aussi les cinq premiers chapitres Je la Vie manuscrite de M"'" Barat, par la mère de Coriolis.
Carmélites. Le Carmel personnifiait l'amour de Jésus- Christ et du sacrifice porté jusqu'à l'héroïsme : c'était, chez une fille future du Sacré-Cœur, une disposition que le directeur accueillit avec joie. Il lui déclara d'abord que ces saints désirs seraient satisfaits. Il lui fit ensuite observer que néanmoins il fallait tenir compte de la préparation tout exceptionnelle de son intelligence : apparemment ce n'était pas pour les ensevelir à jamais derrière des grilles que Dieu lui avait donné d'apprendre tant de choses, qui pouvaient faire d'elle un apôtre si utile auprès de la jeunesse.
Alors le Père Varin, la faisant entrer dans les desseins de la Providence, lui raconta la vie et la mort de Tournély. Il l'initia aux révélations, aux projets et aux prédictions de cet homme extraordinaire. Il lui montra comment ces prédictions commençaient déjà à s'accomplir, par la fondation que l'archiduchesse Marie- Anne venait de faire à Rome. La France réclamait instamment le même bienfait, et le Père déclara à l'humble fille que Dieu l'appelait à coopérer à cet établissement.
Surprise par ces révélations et ces propositions, qui cependant repondaient à plus d'une de ses pensées, Sophie Barat hésita. Sa faiblesse personnelle la faisait trembler : « J'y penserai, mon Père, » répondit- elle humblement.
Mais ce n'était plus de penser qu'il s'agissait à cette heure. Toute la vie de Sophie était visiblement conduite vers ce but. Son guide lui en donna une si forte assurance, (lu'elle accepta tout avec cette généreuse abdication d'elle-même et cette confiance en Dieu qui devaient faire la force surnaturelle de sa vie : « Pour moi, je ne savais rien, racontait-elle plus lard, avec