LE PETIT CÉNACLE DE PARIS
un indicible accent d'humilité, je ne prévoyais rien : j'acceptai tout ce qu'on m'offrait. »
La détermination de Sophie fut un événement dans la petite réunion de la rue de Touraine. Octavie Bailly en fut particulièrement émue. Elle avait trente ans; et son âme, altérée de contemplation et d'immolation, aspirait au Carmel. Mais, entraînée par l'aimable ascendant de Sophie, elle se décida à suivre son amie dans cette nouvelle voie.
M"® Loquet, dirigée par le Père Varin, fut également admise à faire partie de la congrégation projetée. On parlait de ses talents; même elle avait composé dans le genre allégorique, en vogue à cette époque, quelques ouvrages de piété qui l'avaient fait remarquer. « J'aimerais autant qu'elle fût moins connue et moins célèbre , » disait le Père Varin , qui voulait que tout fût humble dans ces commencements ^ Enfin la bonne Marguerite, servante de M"® Duval, et couturière parfaite, sollicita et obtint la faveur de s'adjoindre au petit cénacle , comme sœur converse.
A partir de ce moment, il y eut entre ces filles, devenues sœurs par la religion, une ardente émulation au service de Dieu. Une règle de prière, de méditalion, de travail et d'exercices spirituels, leur avait été donnée par le Père Varin. Étrangères au monde, s'isolant du bruit de Paris et des événements publics, cachées dans le quartier solitaire du Marais, elles vivaient en commun chez M"^ Duval. Seule M"'' Loquet demeurait au dehors, ne se réunissant à la communauté qu'aux jours et à l'heure des instructions du
1 Notes autographes de la mère Deshayes , p. 30.
Père. « C'est là, nous apprennent les Mémoires du temps, c'est là que furent jetés les vrais fondements de la Société du Sacré-Cœur, sous Tégide de Celui dont elle devait imiter les travaux. C'est là que Jésus- Christ lui donna son mot d'ordre, lui imprima le sceau de sa volonté et la forme qui lui est propre, c'est-à-dire un esprit grand, ferme, généreux, mais tout détrempé de douceur. Ainsi intrépidité, force et mansuétude : voilà ce que s'efforçaient d'acquérir, dans ce lieu de recueillement et de solitude, notre chère Sophie et ses compagnes ^ »
Cet esprit fondamental de la Société était le premier point qu'on avait proposé, décrété, acclamé d'une commune voix: « Dans les commencements, racontait le Père Varin aux filles du Sacré-Cœur, lorsque vos premières Mères n'étaient encore que quatre, je les réunissais tous les matins après la messe, et nous conférions ensemble . sur notre Société. Une des premières questions proposées fut celle-ci : « Quel en doit être l'esprit? » La réponse fut bientôt faite. Tous d'une voix nous dîmes : « Ce sera la générosité/ » — Ainsi un amour fort et généreux pour Jésus-Christ, voilà ce qui nous parut devoir être le caractère des Epouses de son Cœur. Nous convînmes en conséquence de bannir de chez nous ces petitesses de couvent, ces retours d'amour-propre, ces sensibilités ou ces antipathies qui sont le défaut des âmes lâches ou "partagées. Or le sacré Cœur de Jésus ne veut que des âmes grandes*. »
Ce grand esprit aspirait à se produire au dehors par
i Notrs autographes de la mère Desliayes ,[). 10.
2 Inulrucliori du P. Varin, 29 juin \%Z\. — Arch. de ConOaiis, un vol. in-''j'', p. .S16.