‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 33 sur 223 · MADAME GENEVIÈVE DESHAYES · texte numérisé non relu

MADAME GENEVIÈVE DESHAYES

ses desseins vous sont manifestés : c'est à vous d'y correspondre ^ »

« Le Père m'ayant bénie, je le quittai tout embaumée, raconte M"° Deshayes dans son style ardent. Mon cœur se livrait d'avance à cette Société qu'on venait de me faire voir. Prendre naissance dans le Cœur de Dieu , y croître , y vivre , y mourir ; sortir de ce divin Cœur pour lui gagner des âmes , et y rentrer pour lui amener ses conquêtes : quelle vocation ! Je n'avais eu que de la répugnance pour les autres ordres religieux, si estimables qu'ils fussent. Dans celui-ci, tout m'attirait de prime abord, comme si je l'avais connu et aimé depuis longtemps. Il me semblait que j'entrais dans une habitation faite pour moi à mon insu , où je n'avais plus rien à désirer, et où l'on avait eu soin de prévenir tous mes goûts. »

La compagne de Geneviève, que M. Bicheron avait adressée comme elle au Père Varin , était Henriette Grosier. Celle-ci , comme presque toutes les premières recrues de la nouvelle société , était une aspirante au Carmel. Elle eut bien vite compris que l'institut du Sacré-Cœur, tel qu'il lui était proposé, c'était le Carmel, avec l'apostolat en plus. Elle s'estima donc heureuse d'entrer dans une compagnie où il lui serait donné d'aimer beaucoup Notre-Seigneur, et de le faire beaucoup aimer.

Ce qui la retenait dans le siècle était son dévouement à une tante respectable. M""" Hyacinthe Devaux, ancienne religieuse, qui l'avait élevée et qu'elle aidait puissamment à diriger un pensionnat dans la ville d'A-

1 Notes autographes de M""" Deshayes, p. 2'j.

miens. Malgré le solide mérite des maîtresses, ce pensionnat tombait. Une pensée vint alors à M. Bicheron. Ne serait-il pas possible de confier cet établissement aux filles du Sacré-Cœur, et d'en faire le berceau de leur société? Le Père Varin regarda celte inspiration comme venue du Ciel. Elle souriait aussi beaucoup à M"" Grosier; mais sa tante y opposait plus de difficultés. On traita avec elle. M"^ Loquet vint d'abord habiter le petit pensionnat, afin de s'initier aux habitudes du lieu. Enfin, le 15 octobre de cette année 1801, fête de sainte Thérèse, le contrat de cession fut passé et signé. Le Sacré-Cœur avait sa première maison.

M"'' Deshayes n'attendait que cette conclusion pour faire ses adieux au monde. Elle-même les a dépeints dans une- page émue : « Le lendemain dimanche, ditelle, je prévins ma famille que j'allais la quitter. Je fus bien exercée par les pleurs de mon pauvre frère : il semblait qu'en me perdant il allait tout perdre, •^et fortune et bonheur!... Ma belle-sœur pleurait aussi. Sa mère, ma tante, m'écrivit le soir même que je serais cause de la mort de sa fille, qu'elle était tombée malade à cause de moi, qu'elle avait la fièvre, et qu'elle ne pouvait plus allaiter son enfant nouveauné. Son frère vint me voir pour me dissuader. M. le curé de Saint-Germain, notre parent, me serra de plus près encore, me représentant sous des couleurs sombres les rudes sacrifices de la vie religieuse. A ce qu'il m'objecta, je parus, comme je Tétais par la grâce de Dieu , prôlo à tout ; rien ne pouvait m'ébran- 1er : une force supérieure m'entraînait. Ce jour- là, je n'osai jihis rcpai-aitrc aux r('|);is, un umme silence régnait autour de moi. Le lundi, je pris toutes mes

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