‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 34 sur 223 · LA FONDATION D'AMIENS · texte numérisé non relu

LA FONDATION D'AMIENS

dispositions, et le soir, à sept heures environ , je quittai la maison paternelle et fraternelle!... Sur mon chemin, je fus voir M^''^ Tripier, cette fervente zélatrice de la dévotion au sacré Cœur, qui avait bien voulu m'associer à ses bonnes œuvres. Elle était très-malade, et je lui fis part de mon dessein, afin qu'elle priât pour moi dans le temps et dans l'éternité. De là, je me rendis à*la maison de M"'" Devaux \ »

M"® Deshayes avait alors trente- quatre ans. Elle observe que ce jour de la réunion des sœurs, 17 octobre, était l'anniversaire de la mort de la bienheureuse Marguerite-Marie; de même que l'avant- veille, jour delà fondation, avait été celui de la fête de sainte Thérèse. Il lui semblait que les deux séraphiques saintes du Carmel et de la Visitation présidaient, du haut du ciel, à la germination de cette troisième tige que poussait le Cœur de Jésus, pour épanouir son amour sous une forme nouvelle.

Pendant ce temps, Sophie Barat était allée dans sa famille, qu'elle avait souhaité de revoir avant une plus longue absence. M"° Octavie, son amie, l'attendait à Paris, ne pouvant, selon l'expression d'une lettre du Père Varin, se résoudre à partir sans « sa douce compagne ». Elles firent donc route ensemble, elle 13 novembre elles étaient réunies aux nouvelles sœurs que Dieu venait de leur donner.

« Quel bien produisit sur nos âmes l'arrivée de notre sœur Sophie! s'écrie en cet endroit M"° Deshayes. La réputation de sa vertu, de sa piété, de ses talents, de son savoir, l'avait devancée. Chacun l'aimait sans la

1 Idem. Noies autographes, p. 36.

connaître. Mais sa douceur, son air de modestie angélique, ce quelque chose qui n'appartenait qu'à elle lui gagna nos cœurs à l'instant. »

La maison s'organisa. M"" Loquet en était nommée supérieure. Sophie Barat avait la charge des hautes sciences, comme s'exprime M"" Deshayes, c'est-à-dire des classes les plus avancées, avec l'instruction religieuse des jeunes enfants : elle était au centre de ses prédilections.

Le Père Varin voulut qu'une retraite présidât à ces commencements. Elle fut très -fervente. « Vous souvenez-vous de cette retraite? écrivait M""* Barat à la mère Grosier plus de trente ans après. Dieu seul! telle était la devise chérie que nous écrivions partout où nous pouvions. Déjà ce Dieu de bonté nous donnait l'attrait de ne vivre que pour lui, comme il le donne aux âmes qu'il destine aux solides vertus et à la voie de la croix ^ »

La veille de la clôture, le Père Varin demanda à chacune de ses filles si elle voulait promettre de demeurer fidèle à l'institut naissant. M"* Octavie Bailly pensait toujours au Carmel : elle recula devant le nouvel engagement. Lorsque le Père Varin prévint la sœur Sophie que celte fois son amie ne la suivrait pas à l'autel, ce fut pour cette âme très -profonde en amitié un coup des plus sensibles : « Je ne me souviens pas d'avoir jamais tant souffert, » disait-elle plus tard. "Mais ne voyant que Dieu seul, elle se raffermit cl répondit avec calme : « Je ne dois pas agir par considération des personnes aimées. Je n'ai pas à chercher ce qui me satisfait, mais ce qui plaît à mon

• l'iiriii. 2 juillet 1832, p. If, du Hocui-ii.

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