‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 35 sur 223 · CONSÉCRATION DU BERCEAU · texte numérisé non relu

CONSÉCRATION DU BERCEAU

Dieu. Je crois faire sa volonté, et cela me suffit. Ainsi je resterai et ferai ce que je pourrai '. »

Le 21 novembre, jour anniversaire du premier engagement, les postulantes se rendirent donc dans la petite chapelle de M""" de Rumigny; et là, Sophie Barat re^ nouvela la première sa consécration. Le Père Varin leur parla sur ce texte d'Elisabeth à la Mère de Dieu : « Vous êtes bienheureuse d'avoir cru, parce que s'accompliront les choses qui vous ont été annoncées. » Ces promesses d'un avenir qu'il entrevoyait à peine, mais que sa foi saluait de loin , le remplissaient d'une émotion qui gagna tout le monde.

Qu'allaient faire ces quelques filles, et quel avenir leur était réservé? « Nous n'en avions nulle idée, » aimait à dire souvent M"" Barat. « Nous marchions comme des personnes qui vont à l'ombre, à tâtons, écrit do même la mèreDeshayes : c'était la marche de la Providence envers nous. Elle a toujours continué de nous conduire ainsi, ne levant qu'au fur et à mesure le voile de ses volontés. Quand le Père Varin venait, ce qui était rare, tout allait se formant, croissant, s'établissant : c'est en lui que Dieu avait déposé son véritable esprit pour nous tracer la voie, nous le sentions vivement. i>

Le Père Varin, reprenant ses courses apostoliques, laissa la petite famille sous la conduite spirituelle des Pères de la foi qui avaient pris possession de leur collège d'Amiens. Cela fut cause que le public donna aux religieuses le nom de Dames de la foi ou Dames de la vraie foi. On leur donnait aussi officiellement .le titre de

1 Entretien de M™« Barat, 21 novembre 1861.

Dames de l'Instruction chrétienne; ce qui faisait s'écrier à M"" Deshayes : « Dames de la vraie foi : quel heureux augure !... De l'Instruction chrétienne : quel honneur !... cela équivaut au nom d'apôtre. » Les sœurs de la maison de Pvome portaient le nom de dilette ou « filles aimées » de Jésus, que les lettres du Père Varin prêtent quelquefois à ses religieuses de France. Quant au nom du Sacré-Cœur, elles n'osaient encore le prendre publiquement: l'emblème du Cœur de Jésus, naguère porté sur la poitrine des royalistes vendéens , étant alors réputé un signe séditieux.

Oclavie Bailly fut envoyée à la communauté de Rome, pour y faire l'épreuve de sa vocation. Les sœurs enseignantes ne restèrent donc plus que quatre, pour le rude travail des commencements.

Il serait difficile, en effet, de se figurer rien de plus humble et de plus pauvre que la fondation d'Amiens, dans ces premiers temps. La maison où le Sacré-Cœur venait de s'installer était située dans la petite rue de Saint-Marlin-Bleu-Dicu. Qu'on se représente une modeste habitation privée, où Ton avait tàclié de placer, tant bien que mal, deux classes au rez-de-chaussée, des dortoirs au-dessus, avec un petit parterre où un noisetier prêtait son maigre ombrage aux jeux d'une vingtaine d'élèves léguées par M"^ Devaux : tel était l'établissement. Une mansarde en planches prise sur le grenier fut convertie en chapelle : la première cliapcllc ouverte par le Sacré-Cœur ! On obtint la faveur d'y posséder Jésus-Christ : ce fut pour les sœurs une joie incxprimalde : « C'est là, s'écrie l'une d'elles, que nous commençâmes à vous servir, ù mon l»ieu. C'est là, ù Jésus! qu(^ vous prîtes naissance dans voire

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