SES PREMIERS VOEUX
demont, entrèrent aussi dans la Société, vers ce même temps. Le pensionnat s'accrut. On quitta la maison de la rue Martin -Bleu -Dieu, devenue insuffisante, pour en prendre une plus grande dans la rue Neuve. On loua, aux portes de la ville, une maison de campagne pour les jours de congés Mais ce n'était là que le prélude à de plus profonds changements.
Avec une vertu solide, de l'intelligence, du zèle, M"® Loquet, incomplètement formée à la vie religieuse, était tout à fait impropre au gouvernement : « Celle qui nous conduisait n'avait pas reçu l'esprit que Notre-Seigneur voulait de nous, raconte M""® Barat; nous le sentions et nous en gémissions en silence. » De là, dans son action, des inégalités, des incohérences, des brusqueries et des faiblesses, tout un ensemble malheureux que M'^® Deshayes explique en ces termes, avec beaucoup de sens : « La violence que cette supérieure était obligée de se faire pour accomplir une œuvre dont elle était incapable , la jetait dans un état de préoccupation et d'agitation , enfin dans une voie à laquelle nous ne comprenions pas grand'chose. Nous sentions bien néanmoins que ce n'était pas là l'esprit qu'on nous avait inspiré, l'esprit de Fénelon et de saint François de Sales. Mais nous observions sur tout le silence le plus exact. »
Le Père Varin avait gardé à l'égard de la supérieure de longs ménagements. Mais à la fin, voyant ses conseils inutiles , il dut lui déclarer qu'il ne la croyait pas apte à l'œuvre du Sacré-Cœur. Le 8 décembre, M"® Loquet quitta la Société pour retourner à Paris, où elle reprit
1 Elle s'appelait la FoUç-Binel.
la direction de son ouvroir et le cours de ses bonnes oeuvres. « Quelles qu'aient éle les fautes de sa conduite, et à cause de ces fautes mêmes, témoigne ici M"* Dëshayes, elle nous a rendu de grands services en nous faisant vivre d'une vie d'enfance et de simplicité qui nous tenait sous la main de Dieu, sans savoir de quel côté il nous conduisait. Nous marchions très- heureuses de notre captivité d'esprit, comme si nous n'avions jamais rien su ni rien vu ^
11 fallait maintenant songer à la remplacer. Celle que ses compagnes désignaient d'avance était la sœur Sophie. Personne ne remplissait mieux cette première et indispensable condition requise par Notre -Seigneur pour paître ses brebis , qui est de l'aimer beaucoup, de l'aimer plus que les autres. Mais cette vie d'amour toute cachée en Jésus- Christ saurait- elle revêtir les énergies nécessaires à l'exercice de la supériorité? La veille de la nomination, et le choix étant déjà fixé secrètement, une conférence fut faite à la communauté par M"® Louise Naudet, qui, venue de la maison de Rome, faisait la visite d'Amiens dans cette grave circonstance. Après s'être adressée à toutes en général, et leur avoir parlé de rolili.alion de mettre leurs facultés au service de Dieu, elle interpella directement la sœur Sophie, lui reprocha fortement sa li-op grande conce^xtration, et finit par lui dire que le temps était venu de sortir d'elle-même.
Sortir d'elle-même, était-ce abandonner ce cher sanctuaire intérieur où elle avait trouvé le Ciel, pour se livrer sans retour ù la vie cUi dehors? A cet ordre,
< Notes aittogrdphrs Je M"" Dr^luiycs, p. 48.