‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 43 sur 223 · LA MERE JULIE BILLIART · texte numérisé non relu

LA MERE JULIE BILLIART

celle de servir Dieu et d'accomplir en tout ses saintes volontés. Cette disposition de tout remettre entre ses mains nous vaut son amitié, nous assure sa protection et nous ouvre une source intarissable de biens ^ »

En même temps qu'il soutenait sa fille par ces conseils, le Père Varin avait soin de la mettre en présence des plus fortifiants exemples. Amiens était alors une sorte de pépinière de saintes œuvres et de grandes âmes, que la grâce y faisait naître, pour de là les transplanter, et couvrir de leur ombrage la face de la France. C'est là que fleurissait, entre autres, la congrégation des sœurs de Notre-Dame, également constituée par le Père Varin , et dont la supérieure off"rait à M""' Barat un modèle de zèle et de force chrétienne.

Marie-Rose -Julie Billiart, — la bonne Julie, comme on l'appelait au Sacré-Cœur, — avait été suscitée pour être le catéchiste des délaissés et des petits. Dès son enfance, et quand elle n'était qu'une pauvre paysanne à Cuvilly, son village natal, elle évangélisait les moissonneurs avec qui elle travaillait dans les champs. Dans sa pénible jeunesse, elle avait catéchisé de même les chaumières, où elle allait débiter son petit fonds de mercerie. Comme elle avait partagé les travaux des apôtres, elle avait eu l'honneur d'en partager les persécutions. Traquée comme une bête fauve pendant la Terreur, elle avait cependant, toute percluse qu'elle était , trouvé moyen de procurer aux proscrits une sécurité qu'elle avait dédaignée pour elle-même. Un prêtre d'une grande foi l'avait soutenue dans ses luttes : c'était le vénérable et saint M. de Lamarche,

1 Paris, 31 janvier 1803.

l'apôtre de la contrée , que nous verrons reparaître dans cette histoire. Maintenant, depuis 1800, le Père Varin avait appelé Julie à l'instruction de la jeunesse pauvre. Pour qu'elle en fût capable , infirme comme elle était, il fallait un miracle : Dieu le fit. Un jour, Julie avait été guérie presque subitement d'une paralysie de plus de* vingt -cinq années. Ce jour était celui de la fête du Sacré-Cœur. Le sacré Cœur de Jésus, son imitation, son culte, était le grand objet auquel le Père Varin avait appliqué la congrégation des sœurs de Notre-Dame; le sacré Cœur de Marie était le patronnage sous lequel il avait placé leur institut et leurs vœux*.

Aussi l'orphelinat de la rue de Noyon et l'institution delà rue Neuve étaient-ils unis, dans ces Cœurs sacrés, par une communauté d'esprit et d'affections que resserrait encore la correspondance de leur commun père. Le Père Varin envoyait souvent M""" Barat auprès de cette âme d'élite, comme à l'école de la patience et à la vivante démonstration de la foi récompensée : « Dites à la bonne Julie que je pense sans cesse à elle, car j'aime à me rappeler souvent que le bon Dieu est bon*. » — « Allez, je vous prie, visiter de ma pari la bonne Julie ; dites-lui qu'elle ait confiance, et que l'œuvre à laquelle Notre- Seigneur l'appelle mérite bien qu'on l'achète par quelques épreuves ^ » — Et dans une autre lettre : « Voyez la bonne Julie, dites-lui bien que je ne l'oublie pas, et que Notre -Seigneur l'oublie encore moins*. » Sans

1 Voir la Vie de la /<• M. Julie, iii-12. — Paris, Caslorman. 1S(>().

2 Belley, 5 aoiU ISICI.

3 Paris, 11 juin iso:}.

♦ Besançon, 27 juin istll.

CKGANISATION D'AMIENS 81

doute le fondateur voulait que les deux sociétés demeurassent distinctes; leur but n'était pas le même : mais il les animait d'une mutuelle émulation dans l'amour de Jésus-Christ; et la mère Julie déclarait que, pour sa part, elle était très-redevable à la conversation de « la petite mère Barat».

Mais le secours le plus puissant que le Père Varin procura à ses filles fut celui do ses prêtres du collège d'Amiens. Le Père Bruson, qui venait de remplacer le Père Jenesseaux en qualité de recteur, avait la haute surveillance de l'établissement. Le Père de Sambucy était chargé des sœurs et des pensionnaires. Le cours d'instruction religieuse était fait aux enfants par les Pères Charles Leblanc, Varlet et Sellier. Celui-ci, déjà remarquable par son éloquence, n'était pas encore prêtre. C'était un converti, mais qui s'empressait de regagner le terrain perdu, en avançant dans la sainteté à pas de géant. Un autre Père avait accepté la mission de former les maîtresses aux fonctions de l'enseignement par des conférences spéciales. C'était le Père Loriquet. Il exerçait alors les fonctions de préfet et de professeur de sixième dans ce collège d'Amiens où tant de générations ont appris à le vénérer et à le bénir. Les religieuses du Sacré-Cœur eurent ainsi les prémices de ces leçon§ d'histoire qui, publiées plus tard, ont valu à leur auteur une juste réputation de talent et de goût.

Sous cette sage direction les études s'organisèrent, les règlements se constituèrent. Les maîtresses travaillaient le jour et la nuit : le Père Varin ne cessait de les encourager. « Dites à vos compagnes, écrivait- il à la nouvelle supérieure, que je leur crie sans cesse, quoique

de bien loin : Courage et confiance ! Du travail et de la peine en ce monde; rélernité tout entière sera pour le repos. Au reste, je sais qu'elles ne s'épargnent pas dans le travail, et qu'elles s'y portent toutes avec ardeur. »

C'est dans ces dispositions que la supérieure s'était mise elle-même à son nouveau devoir, avec un dévouement qui rendait Jésus -Christ vivant dans sa servante. Bientôt le Père Varin put la féliciter d'une vigueur qui, en elle, ne procédait évidemment que des grâces d'état. « J'applaudis de bon cœur, lui écrivait-il en juillet 1803, aux opérations que vous faites, comme un bon chirurgien qui, pour guérir son malade, ne craint pas de couper quelque membre. Du reste, je vois avec un sensible plaisir la force et la sainte liberté d'esprit que Dieu vous donne. Continuez d'en user sans crainte d'entendre dire que vous êtes allée trop loin '. » — Et quelque temps plus tard ; « Armez -vous de fermeté, réprimez les unes, encouragez les autres, faites respecter par toutes votre autorité, qui est celle de Jésus- Christ. Soyez sévère sur l'observation de la règle , mais surtout sur le maintien de la charité mutuelle. »

Donnant elle-même l'exemple de celte charité, la Mère Supérieure s'était faite toute à toutes. Quelquesunes de ses sœurs étant tombées malades, elle se mulliplia pour les soulager et les suppléer; il fallut qu'un ordre formel du Père Varin lui interdit une surcharge sous laquelle elle succombait. Malgré ces travaux, et au sein de souffrances à peu pi es conlinuelles , ses sœurs et ses enfants la trouvaient toujours disposée à les entendre et prête à les servii-,

1 Lyon, 20 juill.j( 1803.

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