‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 44 sur 223 · ACCROISSEMENTS D'AMIENS · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENTS D'AMIENS

Ainsi se conciliant toutes les affections comme tous les respects, M'"« Barat eut bientôt établi autour d'elle ce commandement aimable et cette soumission facile que le Sacré-Cœur regarde comme son essence même: « La famille des sages et l'assemblée des justes, disent les Livres saints, est toute obéissance et amour ^ »

Cette famille s'accrut. Au mois de juin. M'"" Barat y reçut M"^ Adèle Bardot, une de ses compatriotes, pour laquelle elle-même s'était portée caution auprès du Père Varin. « J'ai trouvé en elle, répondit celui-ci, les qualités que vous m'avez annoncées, et je suis sûre qu'elle prendra l'esprit qu'elle doit avoir. »

Vers cette même époque, M"« de Gassini, fille du célèbre directeur de l'Observatoire, esprit vif, mais trop mobile, entra au Sacré-Cœur, où elle ne resta pas toujours, mais où elle revint mourir.

Les plus riches recrues furent faites dans les missions que le Père Varin prêchait alors dans le Midi, avec les Pères Barat, Roger, Thomas, Lambert et Enfantin. Au mois d'octobre, le fondateur envoya de la ville de Lyon à la maison d'Amiens M"« Marie du Terrail, de laquelle il disait : « Vous trouverez en elle des talents pour l'enseignement et les dispositions propres à votre Institut. * » Unique rejeton d'une race qui était celle du chevalier Bayard, M"^ du Terrail avait été élevée dans la célèbre maison des dames de Saint-Cyr, et elle venait, âgée de trente-deux ans, consacrer au Sacré-Cœur une vie vouée jusqu'alors à toutes les bonnes œuvres.

t Filii sapientise, ecclesia justorum et natio illorum , obedientia et dilectio. (Eccli., m.) 2 Lyon , 23 octobre 1803.

Quelques semaines après, les lettres du missionnaire annonçaient l'arrivée d'une autre postulante : « Elle est trop timide, mandait-il à la supérieure; vous réformerez ce qu'elle a d'excessif en ce genre. J'espère d'ailleurs que vous en serez contente. » Dans une lettre suivante, il ajoutait ces mots : « Que vous dirai-je de celle-ci, sinon que, pour l'humilité et la docilité, c'est un enfant'. » Là se bornait l'éloge : évidemment l'humilité qu'il signalait en elle avait dérobé à ses propres yeux la valeur de sa conquête.

Cette femme douce et humble était M"'' Catherine de Charbonnel de Jussac, alors âgée de vingt-neuf ans. Enfant de la vieille et forte noblesse du Vélay, héritière de l'instruction solide et de l'austère religion de son aïeule maternelle , elle portait dans son nom des traditions d'héroïsme , et dans ses destinées le sceau des fécondes douleurs. Pendant que son grand -père, âgé de quatre-vingt-neuf ans, expirait dans les cachots de la Révolution, elle apprenait que son père, colonel général d'artillerie au service du roi, s'était fait tuer sur ses pièces plutôt que de se rendre à l'ennemi. « Nous accordons la vie à ceux qui nous la demandent, avaitil répondu; mais pour nous, nous ne la demandons jamais! » Après la mort de son père. Tunique appui de Catherine avait été son frère, soldat de la même cause, qu'elle avait trouvé moyen de sauver et de cacher à Lyon. Mais à peine venait-elle de le guérir de ses blessures , qu'il fut enlevé à sa vigilance craintive, et bientôt fusillé, presque sous ses yeux. Éloignée de sa mère, dont elle avait vainement domand»'-

I Lyon, '. .1 10 novembre 1803.

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