‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 51 sur 223 · ELLE SE REND A GRENOBLE · texte numérisé non relu

ELLE SE REND A GRENOBLE

rendrait à Grenoble à rentrée de l'hiver. Il en coûta beaucoup à la Mère supérieure de s'éloigner de ce berceau d'Amiens , si frêle encore : « Ah ! disait une de ses lettres, si sainte Thérèse éprouvait une si grande peine à se séparer de ses filles, lorsqu'elle allait fonder quelque nouveau monastère, comprenez -vous ce que doit ressentir une pauvre créature comme moi? Il n'y a que le bon Dieu qui soit capable de me soutenir dans ce déchirement. »

Avant de partir, la supérieure reçut, le 21 novembre, les vœux de trois professes, MM"®^ de Gharbonnel, du Terrail et de Brosse. Gette dernière, née à Ghalet, au diocèse de Verdun, et entrée, au mois de mai de l'année précédente, dans la société des Dames du Sacré-Cœur, devait accompagner M'"'' Barat à Grenoble. La sœur Maillard leur fut adjointe. C'était l'ancienne servante de M"" Deshayes , associée à toutes ses œuvres , et femme d'un mérite supérieur à son état. Le gouvernement de la maison d'Amiens fut laissé aux mains de M"'® Baudemont , ancienne religieuse Clarisse, faite à l'exercice de la discipline et du commandement.

C'était, à cette époque, une entreprise pénible, longue et hasardeuse, surtout pour la jeunesse et l'inexpérience de quelques femmes, qu'un voyage de près de deux cents lieues par les voitures publiques et au commencement de la mauvaise saison. M™® Barat entrait dans cette existence de courses et de continuelles séparations qui, pour ce cœur avide de repos, de solitude et d'affections suivies, inaugurait un martyre qui va se prolonger pendant plus de cinquante ans.

Aux principales étapes de cette longue route , les

lettres du Père Varin venaient lui apporter des encouragements , et comme un viatique qui la réconfortait.

Il lui demandait d'abord la magnanimité. La Société grandissant, il estimait que l'âme de la fondatrice devait grandir en proportion : « 0 ma sœur en Jésus- Christ ! vous m'avez promis qu'en vous Notre-Seigneur trouverait une âme selon son cœur, une àme grande et généreuse , une âme toujours prête à s'ouvrir à tous ses desseins , sans s'étonner de leur grandeur ni de leur difficulté. Dites-lui donc souvent : Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum \ »

Dans une seconde lettre, faisant le même appel à sa. grandeur d'âme , l'apôtre poussait ce cri : « Des âmes î des âmes!... Mais pour en gagner ou pour en former, il faut en avoir une non petite , non ordinaire , mais grande, vaste, plus vaste que l'Océan. Xavier n'a entrepris la conversion de l'univers que parce qu'il avait une âme plus vaste que l'univers -. »

Il lui faisait voir encore que la foi est la première vertu des fondateurs: « Ayez donc une foi bien vive, une foi qui perce le ciel , une foi qui , vous ouvrant le cœur de Notre-Seigneur, vous y découvre l'abîme de ses bontés et de ses miséricordes. Cette vue vous ravira d'admiration, de courage et de confiance. Alors vous serez cette âme forte si difficile à trouver. Mulierem forlem quis inveniet? procul... Mais ce sera pas au delà de Grenoble qu'il faudra la chercher ^ »

1 Mon c(cur csl prêt, Seigneur, mon cœur est prêt ! (l'sal. i.vi, ><.) Novembre 180/| (sans date de jour).

'■i- Amii-ns, 'i décembre 180'i.

3 (Jui trouvera la femme forte? Il fuutha alb-r loin, il'rov. .\m, 10. Paris, 8 (|.'c<-ml>re 180'i.

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