‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 52 sur 223 · LE MONASTÈRE DE SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

LE MONASTÈRE DE SAINTE-MARIE

Partie d'Amiens le 22 novembre, ce fut seulement le 13 décembre, après une station de huit jours à Joigny, et une autre de trois ou quatre jours à Lyon, que M'"*" Barat arriva enfin au monastère de Grenoble.

Elle fut saisie du grand aspect de ces lieux. En effet, on trouverait difficilement un site plus largement ouvert que celui de Sainte -Marie -d'en -Haut. Appuyé, à mi-côte , sur un de ces premiers contreforts des Alpes qui enveloppent Grenoble d'une ceinture de montagnes, le couvent voyait s'étager à ses pieds la ville entière. Au delà, et à l'endroit où l'Isère et le Urac commencent à mêler leurs eaux, s'ouvrait la profonde échancrure par où la vue se perd sur la riche vallée du Grésivaudan. Au-dessus du monastère, s'élançait presque à pic le mont Rabaut, qui reçut plus tard la citadelle. Un large amphithéâtre de sommets gradués s'enfuyait aux dernières limites de l'horizon; et au-dessus de la région des cultures, puis des forêts, étincelait la ligne des neiges éternelles.

De précieux souvenirs de sainteté s'encadraient dans ce cercle d'une magnifique nature. Le monastère de Sainte-Marie avait été fondé par M""^ de Chantai. La sainte l'avait elle-même habité plusieurs fois; on y gardait sa ceinture, on y montrait sa pauvre chaise ou sellette de bois; on y vénérait la place où, le 28 décembre 1622, à genoux près de là grille, elle avait entendu une voix mystérieuse lui dire : Il n'est plus, à l'heure même où François de Sales expirait à Lyon. Le saint évêque de Genève y avait, lui aussi, séjourné plus d'une fois; et la chapelle conservait des ornements épiscopaux qui avaient été à son usage.

Cette chapelle, fondation du duc de Lesdiguières, laissait voir encore, dans sa misère actuelle, quelques beaux vestiges de sa richesse d'autrefois. Le chœur des religieuses, la grille en bois qui le fermait, les autels en marbre, les peintures murales, les dorures du sanctuaire, les sculptures des stalles étaient encore subsistantes, sinon bien conservées. « Notre église, raconte le journal de M"'' Duchesne, fut la première de Grenoble où le culte catholique reparut dans sa splendeur, après la Révolution. » En effet, grâce à ses soins, dès l'année 1801, le petit clocher du monastère avait retrouvé sa voix , pour annoncer que ce lieu était redevenu une maison de prière.

Lorsque M""" Barat , qui n'avait jamais vu de monastère cloîtré , fut introduite dans l'intérieur de celuici, par un corridor sombre, surbaissé et étroit, son cœur se serra , comme elle l'a avoué depuis. La présence de M""' Duchesne l'eut bientôt dilatée. A la manière antique , celle-ci commença par se jeter à terre pour lui baiser les pieds, en récitant ces paroles du psaume : Qu'ils sont beaux, sur la montagne, les pieds de ceux qui apportent la paix, qui annoncent les vrais biens * /

Le jour de cette réunion fut, de part et d'autre, celui d'un grand bonheur. « Quelle fut la joie de cette journée à jamais mémorable ? dit M""' Duchesne ; il est inutile cf'en parler. Elle fut toute dans le Seigneur, qui nous en procurait l'inappréciable sujet. C'est donc à Lui surtout que nous en parlerons dans le sentiment d'une huniMr reconnaissance *. » Et (juclques lignes

' M'"' l)ucln!Siie, Hisloirr uttlu(jr. de Saittlr-Marie , \). 1. 2 Ihid.. p. /il.

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