LE NOVICIAT DE SAINTE-MARIE 1J
apporter la maison; car, hormis sainte Marie, je ne voi? pas que je tienne à quoi que ce soit en ce monde. »
jyjme Barat mettait le Père Varin au courant de ces opérations de la grâce dans les âmes : « Oh ! lui répondait son guide, combien je bénis et remercie Notre -Seigneur de vous avoir fait faire l'expérience de son aimable et douce providence ! Je savais déjà qu'il était bon; mais tous les jours je me sens de plus en plus pressé de crier à qui veut l'entendre : Confitemini Domino, quonia/m bonus*/ » Quelques jours après, il résumait ainsi les souhaits qu'il faisait pour elle, au commencement de cette nouvelle année 1805 : « Travailler et souffrir pour Jésus-Christ, ne point lui dérober un seul instant de notre vie, mourir dans son amour, régner éternellement avec lui : voilà, ma chère sœur, quels sont mes vœux pour vous ^ »
La réunion des religieuses de Sainte-Marie au Sacré- Cœur devait être préparée par un noviciat. C'était pour le diriger que M""" Barat était venue s'établir à Grenoble parmi ses nouvelles filles; et elle leur faisait chaque jour des conférences destinées à leur apprendre l'esprit de leur nouvel état.
L'autorité de son exemple parlait plus que tout le reste. La joie de M""^ Duchesne était de contempler la servante de Dieu dans le chœur de la chapelle, agenouillée au lieu où l'on disait qu'autrefois M""*" de Chantai avait coutume de se mettre. Elle-même se plaçait de l'autre côté, en face, pour s'unir à sa prière : « Mais, disait-elle humblement, quand notre mère est là, je sens que Notre- Seigneur est si bien avec elle, qu'il
1 Paris, 14 décembre 1804. >
2 Pari-s 'A janvier 1805.
n'a guère envie de s'occuper de moi. » M""® Ducheene, oubliant ses droits dans la maison, n'était plus en présence de sa jeune supérieure qu'une docile enfant. Le plus difficile était de modérer ses excès de mortification. C'est ainsi qu'en union avec Jésus-Christ abreuvé de fiel et de vinaigre , elle avait l'habitude de jeter dans ses aliments de l'absinthe hachée ou d'autres plantes amères. La supérieure s'était réservé de l'en empêcher quand elle le remarquerait. Mais, bien qu'assise à table auprès de son amie, elle ne remarquait rien : elle était absorbée dans un recueillement qui lui fermait les yeux. C'est à quoi M"^ Duchesne fit allusion, plus lard, lorsque sa supérieure étant près de partir, elle mit à la place qu'elle occupait ces paroles du Cantique : « Ne réveillez pas ma bien-aimée, jusqu'à ce qu'elle sorte elle-même de son sommeil ^ »
Les autres novices étaient M""" Marie Pavet, jusqu'alors supérieure de la communauté, Marie Balastron, Jeanne- Cécile Second, et une postulante, la plus jeune de toutes, Jeanne-Emilie Giraud.
Cette dernière n'était pas une nature puissante : mais elle était excellente. On l'appela toute sa vie la bonne mère Emilie ; c'était le nom vrai de son àme. Tout enfant elle avait eu beaucoup à souffrir sous le joug d'une belle-mère qui la maltrailait. Sa grand'mère l'avait ensuite recueillie, mais non élevée. Peu conduite aux écoles, à peine préparée à sa première communion, qu'elle reçut furtivement des mains d'un prêtre proscrit . Emilie ne savait pas comment clic avait appris à connaître Jésus- Christ, mais elle se souvenait de l'avoir
1 nccit de lu mère Tftèrhe.