PIE VII LA BÉNIT A LYON
père spirituel, soiL de vive voix, soit par lettres, comme celle-ci du 24 avril : « Ma chère sœur, souvenons-nous de ce que nous nous sommes dit quelquefois : Quand Dieu veut unir des âmes à Lui, il les fait passer par de rudes épreuves. Le pauvre cœur doit saigner si souvent qu'il ne lui reste plus, à la fin, une goutte de sang; et c'est alors qu'il peut dire : « Ce n'est plus moi qui vis , c'est « Jésus- Christ qui vit en moi. » Oui, oui, la croix! la croix! voilà le chemin pour vous, pour moi et pour d'autres. Et encore ne faut- il pas la trouver pesante : c'est en la trouvant légère que nous engagerons celui qui les fabrique à ne pas nous en laisser manquer. Et tant qu'elles ne nous manqueront pas , nous n'aurons rien à craindre. Nous n'aurons rien non plus à désirer, excepté ce que désirait le saint roi : Unam petii a Domino, hanc requiram, ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitœ meœ ' . »
C'est pendant ce séjour à Lyon que M""® Barat reçut une consolation de l'ordre le plus élevé. Le souverain pontife Pie VII , revenant de donner le sacre à Napoléon, passa par cette ville, dans ce même mois d'avril I8O0. Au sein de l'enthousiasme qui accueiUitle Saint- Père, M""® Barat ne fut pas la moins empressée à se prosterner à ses pieds. Elle assista à sa messe, y communia de sa main, obtint même une audience; et le vicaire de Jésus-Christ entendit parler de l'institut du Sacré-Cœur pour la première fois. M""® Barat s'empressa de faire savoir au Père Varin les paroles que le Pape lui avait adressées, et les bénédictions qu'elle
i La seule chose que je demande à Dieu et que je souhaite, c'est d'habiter dans sa maison tous les jours de ma vie. (Psal, xxvi, ''i.) — Lyon, 2/1 avril 1805.
en avait reçues pour elle et ses filles. Nous n'avons plus cette lettre de la Supérieure. Mais du moins la réponse qu'y fit le Père Varin nous fait assez connaître combien cette bénédiction avait été spéciale, et quel heureux présage on en pouvait tirer pour la petite Société. « J'ai bien partagé, disait-il, la consolation que vous avez eue près du Saint-Père. Ces bénédictions réitérées sont d'un heureux augure pour les futures destinées de celles qui en sont l'objet. » Puis remontant plus haut, il ajoutait : « Je vois bien qu'avant de vous adresser au Saint-Père , vous avez fait la cour à Celui dont il n'est que le Vicaire, et que le Maître a parlé au cœur de son serviteur ^ »
La main bénissante du Chef de l'Église venait donc de se reposer sur la Société pour la première fois. Le Sacré-Cœur de son côté venait de prendre ainsi vis-àvis du Saint-Siège un premier engagement : il y sera fidèle , et c'est dans une soumission filiale , inviolable , au Souverain Pontife, que nous verrons l'Institut chercher toujours sa force, sa lumière, sa vie.
Le 20 mai , M"'" Barat était de retour à Grenoble. « Nous la revîmes, dit M""" Duchesne, avec un empressement où il n'entrait toutefois nul triomphe d'amourpropre sur ceux qui l'accusaient d'avoir abandonne lâchement notre maison.» — « Les mauvais propos, ajoute -t-elle plus loin, pouvaient bien avoir pour efTet d'empêcher l'augmonlatiou de notre pensionnai ; mais quand on ne cherche que Dieu, on sait le bénir encore de nous lier les mains, cjuand c'est Lui (pii nous arrête et non la ccaintc de nous fnliguci' jiour Lui-. »
« Lyon, '24 avril IHO,;.
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