‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 57 sur 223 · MADAME HENRIETTE GIRARD · texte numérisé non relu

MADAME HENRIETTE GIRARD

D'ailleurs, le séjour de la Supérieure à Lyon n'avait pas été inutile au noviciat de Grenoble. Elle y avait conquis une nouvelle postulante dans la personne de M""*" Henriette Girard. « La mère Girard, raconte le journal de M"'*' Deshayes , était alors une femme d'environ quarante ans. Elle n'était bien faite ni de figure ni de taille; mais quelle expression cette figure prenait quand elle était en prière, quand elle disait l'office ! Son ton et son accent faisaient assez voir le degré d'élévation de son âme en Dieu. On voyait cette âme dans ses traits, et son attitude seule révélait la joie dont elle était pénétrée. Elle avait avec cela un caractère aimable et de l'agrément dans l'esprit. Elle faisait des vers pleins de grâce et d'enjouement : c'était une âme pure et belle, et d'une simplicité si parfaite, que notre mère Barat avait coutume de dire : « Ah! si celle-là passait par le « purgatoire, j'en serais bien étonnée. » Henriette appartenait à une famille chrétienne qui avait eu l'honneur de recueillir M*^ d'Aviau pendant les mauvais jours. Elle voulait être religieuse; mais un de ses frères, chanoine de la métropole, l'avait tenue en défiance contre le Sacré-Cœur, par cette raison que c'était une société nouvelle. La postulante entra donc à Sainte- Marie-d'en-Haut, pleine de préventions, et en se promettant de tout examiner avant dé faire un pas.

La première chose qui la frappa, fut l'allégresse des sœurs : c'était ce qui l'étonnait le plus. D'un côté, n'entendant parler aux conférences que de pénitence et de croix; de l'autre, au contraire, ne voyant autour d'elle que des visages heureux, elle n'y comprenait rien. Il lui vint alors le soupçon qu'il y avait là-dessous quelque mystère. Un jour, s'adressant à une ancienne Mère,

elle lui dit en confidence : « Je voudrais bien savoir quelle est cette croix dont on nous parle sans cesse?» Il lui fut répondu : « Notre croix, rna chère sœur, c'est de ne pas aimer le bon Dieu autant que nous le devrions et que nous le voudrions, de savoir qu'il n'est point aimé autant qu'il est aimable, et de ne pouvoir le faire aimer par toutes les créatures. »

La religieuse qui faisait cette réponse si belle était M™® Deshayes. Elle avait quitté Amiens depuis quelque temps, et était revenue rejoindre à Sainte-Marie sa chère mère Barat.

Le Père Varin encourageait cette sainte allégresse des filles et de la Mère. Il rassurait celle-ci; il lui montrait Jésus -Christ ne « conduisant au Calvaire ses fidèles épouses que pour les mener de là dans le sein de son Père ». Il lui suggérait cet acte d'abandon et de foi : « Oui, mon Dieu, oui, ma confiance et mon espérance sont en vous. Je vois ma place dans le ciel, elle est tout près de vous. Vous me la gardez, et qui pourra me l'enlever? Vous êtes le fort armé, vous avez vaincu le monde; vous êtes en moi, et je suis en vous. Dominus protecior vitœ mece, a quo trepidabo? Finissons. Voulez-vous que Notre-Seigneur soit content de vous, prenne en vous ses délices? Paix, joie, confiance, toujours confiance dans la joie : Gaudete : iterum dico , gaudcieK »

Au mois d'août, le Père Varin vint lui-même à Grenoble, et le saint épanouissement i]o la jK'tile famille fut ce qui le réjouit le plus. « Il visita la maison, rapporte M'"" Diichesne, et fut témoin i\o l'aimable Lraielé de nos

I Koaniif, l" juin 18<l5.

Page 1