SAINTE JOIE DE LA MONTAGNE
conversations. Il parut comme un père au milieu de ses enfants, et ne put que nous souhaiter la continuation de notre bonheur, en nous exhortant à nous en rendre dignes^ » — « Témoignez à votre famille, écrivait-il lui-même, quelques jours après, à M"'** Barat, la joie et la consolation que j'ai ressenties dans les courts instants où. j'ai été témoin de son bonheur. Il ne fera qu'augmenter tant qu'il sera basé sur les mêmes principes : l'humilité, la simplicité et la charité^. »
Ainsi se formait l'esprit de la Société. La correspondance suivie du Père Varin y avait une grande part, et déjà nous en pouvons apprécier le caractère. C'est une correspondance essentiellement forte. Rien d'humain, rien d'inférieur ne s'y laisse apercevoir. Le renoncement en fait le fond, le sacrifice en est le fruit, la croix en est le signe, le ciel en est le terme. L'austérité y domine ; mais c'est une austérité tempérée de bonté , dilatée par l'amour, animée d'allégresse, comme il sied à ceux qu'inspire l'esprit de la loi de grâce, et dont « la conversation est dans les cieux ».
L'esprit des pensionnaires ne différait pas de celui des maîtresses : « La paix , la joie , régnaient parmi nous, a rapporté une élève de ce temps-là. J'ai partagé ce bonheur, et je puis dire que Sainte-Marie était devenu une sorte de paradis terrestre. » Le pensionnat était encore peu nombreux, il est vrai, mais plein de cette sève chrétienne qui devait porter plus tard de si beaux fruits dans le siècle , de si pures fleurs dans le cloître.
1 M™» Duchesne. — Journal autogr., p. 19.
2 Aulogr., 2 septembre 180o.
Déjà même M""' Barat avait noté les signes d'une grâce particulière dans une jeune nièce de M™* Duchesne, nommée Euphrosyne Jouve. C'était alors une enfant de dix ans environ, que sa mine fraîche, son front épanoui, son abondante chevelure, naturellement bouclée, et ses grands yeux bleus, faisaient ressembler aux anges, comme les représentent les peintres. Des dons d'esprit précoces , une vive pénétration , une mémoire heureuse, une étonnante facilité à toute chose, la rendaient peut-être trop fière de sa personne; mais elle était si franche dans sa pétulance d'enfant, si ardente, si généreuse, qu'on pouvait tout attendre de cette riche nature. M""® Barat aimait à l'avoir dans sa chambre; elle lui corrigeait ses thèmes , car déjà sa tante l'avait mise au latin. Elle corrigeait surtout les défauts de son âge; et, étonnée de ses progrès , elle demandait à Dieu pour elle un saint avenir, si toutefois l'avenir était accordé à cette noble enfant.
Cependant le noviciat des sœurs de Grenoble se terminait. Dans les premières semaines de novembre, le Père Varin, assisté du Père Roger, revint à Sainte-Marie pour recevoir leurs vœux. Elles les prononcèrent le 21 de ce mois, en la fête de la Présentation de la sainte Vierge. Le Père Varin avait pris pour texte de son discours ces paroles de Moïse au peuple d'Israël : « Ce jour demeurera célèbre parmi vous. »
Il prophétisa. Les Mères du Sacré-Cœur se reportèrent souvent , avec actions de grâces , vers cette journée, qui fut l'aube de si grandes choses. « Au pur contentement de vivre sous la dépendance de notre bonne Mère, rapporte le journal de M"" Duchesne, nous joignîmes le bonheur de voir se former rédifice que