‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 69 sur 223 · PREMIÈRES LUMIÈRE SUR LES MISSIONS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES LUMIÈRE SUR LES MISSIONS

tous les potentats du monde. Bonne Mère, quand vous me direz : Ecce ego mitto te, je vous répondrai vite : Je pars! — Oh ! si c'était seulement avant la fin de l'année : je m'en suis presque flattée.

« Je vais tâcher de rendre triste le reste du vendredi saint; mais j'y ai peu de dispositions, je suis montée à l'espérance * ! »

Avant que cette espérance pût se réaliser, M""^ Duchesne devait attendre encore douze années. Mais ce n'était pas sans dessein que , dans cette nuit de sa Passion et de notre Rédemption, Jésus l'avait préparée à sa mission future par la vue des sacrifices que nous venons de l'entendre se prophétiser à elle-même. Ce n'était pas non plus sans une intention de miséricorde sur M""^ Barat, qu'au lendemain de son élection, Celui qui cache un arbre dans un grain de sénevé et une moisson dans un épi, lui laissait entrevoir sur cette tige naissante de sa Société qui n'avait encore que deux branches si frêles, Amiens et Grenoble, les deux puissants rameaux dont les rejetons devaient un jour ombrager les deux mondes.

La Mère supérieure passa à l'Oratoire l'hiver et le printemps de cette année 1806. Elle consacra ce temps à donner au pensionnat une impulsion décidée dans la vertu. Elle s'inquiétait de voir déjà l'ivraie qui germait au milieu du bon grain. «Cequi me déchire tous les jours, écrivait -elle alors, c'est le spectacle de tant d'âmes, de tant de jeunes personnes élevées par la religion, nourries dans la piété, et que le plaisir entraîne. Depuis un an seulement, que de ravages dans ces jeunes cœurs!

1 Vendredi sainl, le matin, 1806. — Aulogr.

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Hélas ! ce n'est plus l'amour de Dieu qu'il faut leur inculquer, cela ne les touche pas. Faire naître des remords, menacer des châtiments éternels, afin que, dans un danger pressant, elles puissent s'en souvenir: c'est presque le seul espoir. »

Puis, comme cette confidence était adressée à M""' Duchesne, missionnaire future des peuples infidèles , la Supérieure faisait cette comparaison : « Ah ! qu'il serait bien plus consolant, comme vous le dites vous-même, d'annoncer Jésus-Christ à des cœurs neufs et qui n'auraient pas abusé des grâces du salut. Toutefois, faudrait-il abandonner celles-ci parce qu'elles donnent plus de peine et moins de consolation? Non, ma chère fille. N'y aurait- il qu'une seule âme sauvée par nos soins, nous devrions nous dévouer jusqu'à la mort pour son salut. Sublime vocation que la nôtre! Puissions-nous en sentir tout le bonheur ! Il n'en faudrait pas davantage pour nous élever à la plus haute perfection ^ »

Cependant toutes les lettres de la Mère générale témoignaient du désir qu'elle avait de revoir sa famille de Grenoble : « Je sens le besoin de verser mon cœur dans celui d'une amie à qui le Seigneur semble donner le même désir de le faire connaître et aimer... S'il m'était permis de vouloir quelque chose, je hâterais mon départ, et je serais bientôt sur vos montagnes*. »

M"'" Barat put enfin réaliser ce vœu. Elle quitta l'Oratoire, et le 20 mai 1806, elle était de retour à Sainte- Marie-d'en-IIaut.

Elle y demeura peu de temps. Quelques semaines seu-

1 Amiens, ;i février isoi'..

2 Jbid.

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