CHAPITRE III
FONDATION ET NU V ICI AT DE POITIERS Juillet 1806 à novembre 1807.
M"" Barat est guérie à Lyon. — Voyage de Lyon à Poitiers. — L'abbaye des Feuillants. — M''« Chobelet, M"« Joséphine Bigeu. — La recrue du noviciat à Bordeaux; M"= Elisabeth Maillucheau. — La colonie se rend à Poitiers. — Ouverture du noviciat par le P. Gloriot. — Fête de sainte Thérèse. — Retraite de la Toussaint. — La direction spirituelle, ses trois mouvements. — L'abnégation. — Douceur et fermeté de M™« Barat. — L'union à Jésus -Christ. — Ferveur de M™" Barat; ses retraites à l'ermitage de Saint-Joseph. — La douce charité au noviciat. — Le zèle ; le bonheur. — Vœux des sœurs Thérèse et Bigeu. — La suppression des Pères de la foi. — Générosité des novices de Poitiers. — Le Manrèse de la mère Barat. — Le P. Varin confiné à Besançon.
Ce fut le 10 juillet 1806 que M""* Barat, accompagnée de la mère Henriette Girard, se mit en route pour la fondation de Poitiers. Elle partait fort souffrante du mal ancien et renaissant dont elle n'avait été qu'imparfaitement guérie, dans son séjour à Paris de l'année 1803. Mais à peine fut- elle à la première station de son voyage qu'une guérison instantanée, complèle, lui fut le signe que Dieu agréait son entreprise et bénissait sa confiance. Elle le racontait ainsi à M™® Duchesne :
« Vous savez en quel état je vous quittai. En arrivant à Lyon, l'éciiaufîement de la route avait encore augmenté mon mal, et j'étais pire que l'année dernière. Eloignée de vous qui êtes ma bonne samaritaine, je pensai que personne autre que Jésus-Christ ne pouvait me guérir. Je m'en allai donc me plaindre doucement à Notre-Seigneur dans la communion. Je lui représentai combien ma position serait pénible et diflicile pendant un si long voyage. Puis je demeurai tranquille. Comment ne Faurais-je pas été après tant de marques que Dieu m'a données de son amour? Je n'étais pas sortie de Lyon que tout avait disparu, sans que j'eusse rien fait pour me guérir. Malgré l'extrême chaleur, le peu de repos, la mauvaise nourriture et le reste, tout fut fini en une nuit. Je suis entièrement guérie î. »
Elle l'était si complètement que, plusieurs mois après, elle écrivait : « Je ne me suis nullement ressentie de ma maladie depuis mon départ de Lyon. »
La route fut difficile. iM"^ Barat elle-même nous en a raconté les péripéties dans un journal où les événements ont leur vive peinture. Traînée dans les voitures publiques, de Lyon à Moulins, de Moulins à Limoges, par Montluçon et Guérct ; mise en contact avec des compagnons de route de toute foi et de toute classe, l'épouse de Jésus-Christ ne se plaignait, ne s'étonnait que d'une chose : l'indifférence de tant d'hommes pour ce Sauveur qui les a si prodigieusement aimés! Alors elle faisait un retour sur la prérogative de sa vocation : « Combien, dit-elle, je remerciais la bonté de Dieu de nous avoir choisies et séparées de ce monde pervers et plongé
• l'oilicrs, 1- noût 180C.