LA FONDATION DE NIORT
rait ôtée pour être mise ailleurs. « Vous n'y trouverez donc pas tout ce que vous aimez, mais Jésus y sera, c'est le tout de votre cœur; on supporte facilement l'absence du restée »
Telles n'étaient pas encore les dispositions de M""® Giraud. Revenir à Grenoble pour n'y plus retrouver sa sainte mère Duchesne lui parut au-dessus de ses forces. Elle en laissa éclater sa désolation devant la mère Geoffroy. Celle-ci faillit presque s'en scandaliser : « Ma fille, lui répondit- elle avec étonnement, est-ce que la mère Duchesne a emporté avec elle la clef du tabernacle ? »
La religieuse magnanime qui prononçait cette parole fut la première à donner l'exemple du courage. Le 10 mai 1810, elle-même conduisit sa compagne à la voiture qui devait l'emporter. Elle avait le cœur brisé , mais l'amour de Dieu triomphait dans ce brisement. Rentrée chez elle, et passant devant la chambre vide de M™^ Giraud, elle leva les yeux au ciel, et s'écria : « Mon Dieu, que n'ai-je tous les jours une Emilie à vous sacrifier! »
Toutefois ce sacrifice fait si généreusement ne fut pas consommé. A peine M""^ Giraud fut-elle à Poitiers que, par suite d'une nouvelle organisation, elle reçut l'ordre de revenir dans l'humble Nazareth qu'elle venait de quitter. Ce fut une joie pour tout le monde : « Ma chère fille, lui manda la supérieure générale, je suis sûre que la mère Geoffroy aura été bien contente de garder encore son Emilie, quoiqu'elle mérite si peu qu'on ait de l'attachement pour elle. Puisque Notre-Seigneur veut que vous
1 Grenoble, 29 avril 1810.
restiez à Niort, profitez-en, ma fille, pour achever ce qui manque à votre perfection. "Par-dessus tout, prenez riiabilude du recueillement. Je vous recommande aussi de redoubler de zèle, s'il est possible, pour soigner les plantes qui vous sont confiées : veillez à tout!... Quand pourrons-nous nous revoir, ma fille? Dieu le sait; pour moi, je ne puis pas le prévoir : Fiat! Dieu seul surpasse tout! Adieu, ma fille, nous nous dirons bientôt un bonjour éternel. En attendant, soufîrons, et, puisqu'il nous faut vivre, vivons de sacrifices^ »
La fondation de Niort n'ayant cherché que le règne de Dieu et sa justice, le reste lui fut donné par surcroît. Le pensionnat ne tarda pas à se constituer. Il se rempfit de jeunes filles vertueuses et studieuses, qui devaient plus tard fonder dans le pays Niortais tant de foyers chrétiens qui l'honorent encore.
Quelques-unes se consacrèrent au service de Dieu. Un jour, le maire de la ville amena à la mère Geoffroy une enfant d'environ treize à quatorze aus, qu'il la priait d'accueillir par charité. C'était la fille d'un soldat allemand, blessé et prisonnier à la bataille d'Iéna. Elle s'appelait Annette Klosen ; un mifitaire français l'avait amenée à Niort. Son âge, sa beauté, son ingénuité l'exposaient au péril : M""' Geollroy la reçut. La jeune étrangère ne savait pas le français; elle était triste , ennuyée : elle voulait s'enfuir. On l'entoura d'égards, on la guérit d'une maladie mortelle, on l'aima de prédilection : ce fut ainsi qu'on la retint. A vingt ans, pressée d'accepter dans le monde un honorable parti, Annette Klosen déclara qu'elle appartenait désormais au
» Grenoble , IJ iikiI Islu.