CHAPITRE PREMIER
VISITE DES MAISONS DE LA SOCIETE ÉPREUVES ET PROGRÈS SPIRITUEL DE M^"® RABAT
De Juillet 1808 à Mai 1811.
M"" Barat consulte M. l'abbé Montaigne, de Saint-Sulpice : belle réponse de celui-ci. — La mère générale à Amiens. — Prépondérance de M. de Saint-Estève et de M™» Baudemont. — M™» Barat à Grenoble.—
— Formation de M™" Duchesne et sage temporisation de M"" Barat. — La mère Barat laisse la mère Thérèse à Grenoble. — M™" Barat à Amiens; proscription de la mère Julie Billiart; affiliation provisoire des filles de Notre-Dame au Sacré-Cœur. — M°>° Marie Prévost. — SoufTrances silencieuses de M"« Barat. — M™" Barat à l'abbaye de Dooroselle. — Elle assiste son père mourant à Joigny. — Sa piété filiale. — Visite à Poitiers et à Niort. — Elle se rend à Grenoble. — Réception de la mère générale à Sainte- Marie; la communauté, les écoles, le pensionnat, les élèves bénies par le pape Pie VII. — M"" Barat et les enfants; le P. Barat à Grenoble. — Retour de M"° Barat à Paris.
— Visite à Cuignières. — M. l'abbé de Lamarche. — M"" Barat tombe très-malade à Gand. — Amour de la croix et désirs du ciel. — Dépouillement absolu de M™« Barat.
Aux premiers jours de juillet de l'année 1808, ^jme Barat; prenant avec elle la mère Thérèse, se mit en roule pour Amiens.
Elle s'arrêta quelque temps à Paris, afin d'y consulter un vénérable prêtre de la Compagnie de Saint- Sulpice. Le Père Varin, forcé de vivre loin de la Société qu'il avait instituée, avait, en partant, adressé la supérieure à un de ses anciens maîtres, M. l'abbé Montaigne, comme au conseiller à la fois le p'us sage et le plus saint qu'il connût. C'était un homme d'une foi qui avait fait ses preuves dans la Révolution, d'une science consommée et d'une bonté profonde. Mais l'écorce était rude ; et sa parole rare, brève et sentencieuse, donnait à chacune de ses décisions la solennité d'un oracle. A peine M""® Barat l'eut-elle abordé, que, sans attendre qu'elle lui eût adressé ses questions : « Il est bien heureux, Madame, lui dit-il brusquement, il est bien heureux qu'il y ait un Saint-Esprit, afin que nous puissions le consulter, et être conduits par ses lumières. » Il l'entretint ensuite de sa Société, sur laquelle il lui dit des paroles étonnantes , entre autres celles-ci qu'il lui répéta plusieurs fois : « Il y a au milieu de vous un germe de destruction ; mais une âme qui est très -puissante auprès de Dieu, prie pour vous et pour votre Ordre. »
M. Montaigne ne s'expliqua pas davantage, raconte la mère Thérèse, témoin de renlrevuc. Il prit la supérieure en particulier, la consola, la fortifia, lui prédit de grandes souffrances, et conclut par ces mots d'une si vigoureuse originalité : « Eh bien, ma fille, laissez-vous dévorer pour Jésus-Christ'. »
Cet entretien mystérieux laissa chez M"" Barat une profonde estime pour le prêtre vénérable dont, à partir
« Récit de In mrrr Thnrsr , p. lai^l 1<V<î.