‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 82 sur 223 · SA VISITE A GRENOBLE · texte numérisé non relu

SA VISITE A GRENOBLE

de ses établissements. Après quelques semaines de séjour à Amiens, elle partit, et, toujours accompagnée de la mère Thérèse, elle se rendit à Grenoble : le 27 septembre 1808, elle était à la Montagne.

Elle y trouva M"*® Duchesne plongée dans un zèle dont les œuvres pouvaient à peine suffire à son infatigable activité. « Votre bonne mère Duchesne, écrivait la supérieure à la sœur Emilie, fait ses classes le jour, veille la nuit les enfants malades à l'infirmerie , gouverne l'extérieur de sa maison, et cela sans gêne, et presque sans surcharge : quelle femme forte ! »

Ce n'était là toutefois qu'une diversion nécessaire à la sainte ambition qui, depuis deux ans surtout, l'absorbait en entier : les missions étrangères. Elle en avait communiqué avec le Père Varin. Celui-ci n'avait pas hésité à l'approuver; et, de ce ton décidé que lui donnait la certitude de la volonté de Dieu, il lui avait répondu : « S'il m'est permis de pénétrer dans le Cœur de Jésus-Christ, j'y vois en gros caractères que vous êtes destinée à le faire honorer dans des contrées éloignées des nôtres. » A quelque temps de là, elle reçut à Sainte-Marie la visite de l'homme de Dieu, et, le pressant de plus en plus : « Promettez-moi, lui dit-elle, que je serai, dans la Société, la première qui partirai pour les contrées lointaines ! — Je vous le promets, dit le Père. — Eh bien, bénissez -moi spécialement pour cette œuvre. » Alors, raconte-t-elle , le Père Varin , étendant le bras plus que de coutume, lui donna une énergique et résolue bénédiction *.

1 Mémoire de M-"<= Duchesne à ilf'"<- Baral, 1818.

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Le Ciel aussi se prononçait ; M""' Duchesne raconte que plusieurs fois « elle avait entendu en elle ou à côté d'elle, pendant ses communions, une voix qui parlait bas et lui disait : « Gela sera! » Ce désir, cet espoir, elle le portait maintenant dans tout ce qu'elle disait, dans tout ce qu'elle faisait; il n'y avait pas jusqu'aux murailles de son cloître qu'elle ne couvrît des témoignages de sa sainte ambition. C'étaient, par exemple, des représentations de la vie ou de la mort des hommes apostoliques, que son pinceau y jetait avec une vigueur où l'art avait moins de part que l'inspiration. Afin de se préparer à ses sacrifices futurs , et pour se consoler de ne pouvoir encore les faire, elle se précipitait dans des austérités qui trompaient, sans l'apaiser, sa soif d'immolation. « C'était bien le moins, disait-elle, que, ne pouvant travailler pour ses chers sauvages, elle souffrît un peu pour eux. » Autour d'elle, elle soufflait les mêmes ardeurs dans les âmes. Aux heures de récréation, rassemblant les enfants, elle leur parlait du bonheur d'aller prêcher Jésus-Christ aux peuples infidèles, et de mourir pour Lui! — « Qui veut venir avec moi? demandait- elle avec une grande animation. » — Dans ces moments, raconte une de ses élèves, si le vaisseau eût été là, nous serions parties avec elle jusqu'au bout du monde. »

Nous avons dit avec quel empressement M""* Barat avait accueilli cette vocation de sa lille. Depuis lors, elle n'avait cessé de l'entretenir dans ses lettres. Tantôt elle lui envoyait les récits des mis^sionnaires où étaient racontés les jirogrès de l'Evangile dans les contrées infidèles; tantôt elle se réjouissait dr hii apprendre rjuc 1»; dcciol npprobalif de la Socjélé pour

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