‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 86 sur 223 · SON SÉJOUR A GRENOBLE · texte numérisé non relu

SON SÉJOUR A GRENOBLE

de sa prédilection. Un renouvellement de ferveur dans le pensionnat et dans le noviciat avait été la suite de cette faveur du Ciel. Heureuse de ces fruits, M""® Barat avait hâte d'aller en jouir auprès de la mère Thérèse et de M™® Duchesne, à qui elle écrivait : « Avec quel plaisir je serrerai sur mon cœur et le vôtre et le sien, qui désormais n'en feront qu'un seul consacré à Jésus- Christ, et brûlé de son amour'. »

C'était une joie trop complète pour que Jésus n'en eût pas le sacrifice. M""® Barat arriva, en effet, à la Montagne le 9 décembre 1809; mais à cette date la mère Thérèse n'y était plus: la supérieure générale venait de l'envoyer à Poitiers, puis à Gand, où nous la retrouverons. A peine la mère et la fille avaient-elles eu le temps de se revoir à Paris dans une rencontre rapide. « Ma chère fille, écrivait alors M""^ Barat à l'une de ses religieuses, si vous avez de l'ambition pour votre mère, et si vous désirez pour elle une place près du trône de l'Agneau , demandez sans miséricorde que Dieu lui donne des souffrances, des humiliations, le détachement de toute chose, la privation enfin de toute satisfaction, afin qu'une bonne fois je prenne le chemin par où les saints ont marché"-. »

L'arrivée de M""® Barat à Sainte-Marie-d'en-Haut fut un véritable triomphe. On la reçut à la chapelle au chant d'un Magnificat « enlevé et enlevant », raconte une des pensionnaires. Là, tout était contentement pour la mère générale. Les écoles gratuites, particulièrement chères à M°" Duchesne, regorgeaient d'enfants. Chaque matin, en toute saison, vers sept heures et

1 Poitiers, 6 août 1809.

2 A M'"" du Chastaignier, Grenoble, 20 janvier 1810.

quart, M""" Barat pouvait voir, du haut de la colline, cent trente à cent cinquante écolières, partagées en petites bandes, et, le panier au bras, se rendant par des chemins montants et malaisés à l'église du couvent, pour y entendre la messe. Aux heures de récréation et d'ouvrage manuel, toutes les mains travaillaient pour les fabriques de gants; le soir, on ne rentrait à la maison paternelle qu'après avoir rempli son devoir d'écolière, d'ouvrière et de chrétienne.

D'un autre côté, le pensionnat élevait dans la crainte de Dieu une jeunesse choisie. Plusieurs de ces pensionnaires portaient secrètement en elles une grâce de vocation à la vie religieuse. Lorsque l'auguste Pie VII, courbé et chancelant, gardant sur son visage la trace des tortures morales qu'il subissait chaque jour, avait béni chacune des élèves de Sainte- Marie, on avait remarqué que sa main tremblante s'était appuyée avec une sorte d'insistance sur la têle de quelques-unes de ces jeunes enfants. Toutes celles-là, au nombre de onze, se firent religieuses : neuf entrèrent au Sacré-Cœur* ; deux, à la Visitation ; une autre , Olympe de IMontfort , fut appelée à Dieu à l'âge de quatorze ans, quand déjà elle aspirait au même bonheur que ses compagnes.

Mais nulle, entre ces bénies, ne portait plus visiblement le signe de la prédestination que la jeune Euphrosyne Jouve. Elle venaitde faire sa première communion; sa dévotion spéciale à saint Louis de Gonzague éclatait dans une parfaite ressemblance avec lui ; et, comme son

i Euphrosync Jouve, Amélie Jouve, Olynipio Rombau , Louise de Vidaud, Joséphiae de C.Driidi.s, Julie iMisoussoy, Olympe de Cauî-aiis, Caroline Lcbrumciil, Louise de Hamberl.

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