SON SÉJOUR A GRENOBLE
modèle, elle marchait d'un pas accéléré à runion avec Jésus -Christ sur la terre, se préparant ainsi, sans qu'elle le sût encore, à la prochaine possession de Jésus-Christ dans le ciel.
jyjme garât, heureuse de tout ce qu'elle voyait dans la maison de Grenoble, y demeura près d'un an. Elle commença par y garder un silence que lui commandait l'épuisement de sa santé. « J'aimerais à parler de Jésus, écrivait-elle; Il veut que je garde le silence : c'est bien ce qui me convient le mieux. » Elle apparaissait cependant au milieu des enfants, soit aux récréations, soit dans les classes : -c'était son repos de corps et d'âme. Elle aimait surtout à s'entourer des plus petites. Les faisant se grouper autour d'elle, elle entrait par son regard, encore plus que par ses questions, dans le fond de leur âme, comme pour en respirer la fraîcheur baptismale; puis, finement et gaiement, elle les élevait à l'amour de Dieu, par de si douces leçons et de si agréables histoires, qu'elle les laissait sous le charme, nous raconte l'une d'elles'.
Elle reçut, dans ce temps-là , plusieurs visites de son frère, qui résidait à Belley, le seul collège qu'eussent conservé les Pères de la foi. Le Père Barat était le prédicateur ordinaire des retraites de Sainte -Marie, et il y produisait de grands fruits. 11 en était aussi le poëte des grands jours : il écrivait des cantiques qu'on chantait à la chapelle ; et même sa gravité se prêtait à composer, pour la fête de M"**' Duchesne, des couplets dans lesquels il était dit, par exemple :
i Souvenirs de M™* Louise de Vidaud.
232 HISTOIRR DE MADAMK BARAT
L'amour des croix peut seul vers les sauvages
Porter tes vœux et tes pas empressés ; Pourquoi chercher des croix sur ces rivages ?
Hélas ! pourtant , nous t'en donnons assez i ! »
Il y avait dans tout cela, en général, plus de bonne intention que de poésie et de goût : mais on s'en contentait sur la montagne.
M°'® Barat, qui souriait à ces délassements de son frère, prêchait à M"^ Duchesne, mais sur un autre ton, une doctrine pareille : la patience, la sagesse, l'abdication d'elle-même entre les mains de Dieu. « Vous verrez dans les couplets que l'on a faits pour vous, que l'onction de la croix est dans l'obéissance. — Ah! que j'aurais de joie à vous voir enfin plus docile et plus douce ! Pourquoi ne comprenez-vous pas qu'en quelque coin que vous soyez, vous ne pouvez rien faire, si vous n'avez les vertus que vous devez apprendre aux autres?» — Et comme M"'" Duchesne, toujours impatiente des missions étrangères, pressait l'heure de son départ : « Il ne s'agit pas seulement de partir, lui répondait-elle, il faut d'abord savoir, ma fille, où l'on ira et ce qu'on pourra faire -. » Alors elle en revenait à la nécessité de la réforme d'elle-même; puis tout se terminail, comme à l'ordinaire, par une perspective ouverte sur rélernilé. « Mettez votre àme dans le calme, et dans un abandon entier aux volontés du Seigneur. Nous approchons du terme de notre carrière; encore un nKmieiU de souffrance, et le repos nous attend. Ah ! ma chère, ne jetez plus les yeux en arrière, avancez vers le terme où vous
< Los poésies (lu P. lînr.nl sont conservées nux nrcliivcs do la mnison inèrf», en 3 volnnies manusrrils ol enluminés. 2 I.pttrps Hn 17 noùl IftX), ol <lii M jnillel ISIO.