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tout, Notre-Seigneur régnait; et il faut s'arrêter devant le spectacle d'édification que cette maison présente durant toute cette crise.
D'abord le noviciat avait rarement donné de plus riches promesses. Il est vrai que déjà le Ciel s'était hâté de prendre les prémices de cette virginale moisson. Une de celles que M""® Barat eut le regret de ne plus retrouver en ce monde fut Euphrosyne Beaumont, que nous avons vue à Cuignières vivre avec Jésus- Christ dans une si ravissante familiarité. Revenue à Amiens, elle s'y était doucement endormie en Dieu , le 9 novembre 1809. Le matin de ce jour, sentant venir l'agonie, Euphrosyne avait demandé à sa supérieure la permission de mourir, comme s'il se fût agi d'une action ordinaire. Ce qu'ayant obtenu, elle dit : Jésus, Marie, et elle expira. Sa mère, entrant alors, fit éclater sa douleur : « Que n'ai-je pu, disait-elle, avoir du moins le dernier regard de mon enfant ! » Alors la supérieure s'adressantà la morte : « Ma fille, lui dit-elle, regardez votre mère! » Euphrosyne obéit comme elle avait toujours obéi pendant sa vie ; ses yeux s'ouvrirent aussitôt et se fixèrent sur sa mère. Ils restèrent ainsi ouverts, à la stupéfaction des sœurs et des élèves, qui vinrent baiser son front rayonnant et plus beau que jamais le monde ne l'avait admiré. M^" l'évêque d'Amiens, apprenant ces merveilles, déclara aux religieuses qu'elles venaient de perdre une sainte sur la terre et de gagner une protectrice dans le ciel*.
Une autre fille, non moins chère à M"'^ Barat, ne sem-
1 Voir sa Nolice nécrologique, l"' vol. des Circulaires, p. 2. — Ce fait a élc très-souvenl raconté, avec tous ses détails, par M"" de Charbonnel, témoin oculaire.
blait plus tenir que par un fil à ce monde qu'elle n'avait jamais aimé. C'était Ilerminie de Rougé, créature plutôt angélique qu'humaine, qui, après avoir parcouru les chemins de l'exil, en Suisse, en Allemagne, en Polop^ne, en Russie, était venue finalement consacrer au sacré Cœur une vie qu'elle avait vouée dès l'âge de huit ans à la virginité. « L'époux que j'ai choisi, écrivait-elle à sa famille, sera seul capable de faire mon bonheur, car je suis sûre qu'il est infiniment parfait et qu'il m'aimera toujours. » Elle ne fut pas trompée. « C'est ici le paradis, écrivait- elle d'Amiens, et je pense qu'au ciel même je ne trouverai rien de plus, car j'ai Jésus-Christ et j'entends chanter les Anges. » Mais bientôt une longue maladie de langueur acheva en elle cette conformité avec Notre- Seigneur, de laquelle elle disait: « Celui qui aime se transforme dans l'objet aimé : quel bon Tout que Jésus! Priez pour que mon amour soit ma mort corporelle et ma vie spirituelle. » Quand M""' Barat la revit à Amiens, son grand corps amaigri semblait ne plus tenir à la terre, qu'elle quitta en effet, environ un ans après, le 1" août 1812. La veille, ayant reçu le viatique, elle dit : « C'est demain la fête de saint Pierre es Liens : saint Pierre me délivrera! » En effet, ce jour-là, llerniinie de Rougé , àgoG de vingt-huit ans, cxiiala son àme sur les pieds du crucifix qu'elle n'avait pas (juitté*.
Ces modèles, ces souvenirs, excitaient de plus en plus la ferveur des novices. « Enfermées alors dans notre noviciat, raconte la mère do la Croix, nous avions sous
1 CeUc ndmirabli' vie, du plus prand intérêt, a été trAs-bien racontée dans un volume manuscrit de 3If. p. in— 'j», qui se trouve dans la bihliothèque du cliâlenu du Trembiny.
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les yeux les exemples des jeunes professes qui passaient encore deux années avec nous. Chacune se distinguait par quelque vertu spéciale, poussée jusqu'à l'héroïsme. Dans la sœur Louise Véron , c'était l'amour de Jésus- Christ et le bonheur de souffrir pour Lui. Un jour qu'elle travaillait avec une hachette . ayant l'esprit tout en Dieu, elle se coupa la première phalange du doigt. Sans en paraître émue, elle s'arme de ses ciseaux, détache du doigt la chair qui y tenait encore , la jette sur le fumier, comme si c'eût été une mèche de cheveux, enveloppe de son mouchoir sa main ensanglantée, puis poursuit son travail sans proférer d'autre parole que son cri habituel : « Mon Dieu, que je vous « aime ! »
Une autre, M"^ Antoinette de Gramont, se distinguait par la fidélité de son obéissance. « Le premier coup de la cloche nous faisait interrompre toute occupation, raconte toujours la même sœur, et je me souviens qu'un jour, M'^® Antoinette, encore postulante, ayant été surprise par la clochette de l'oraison avant sa toilette faite, resta ainsi à genoux, durant une heure entière, avec ses longs cheveux épars sur ses épaules, y
Antoinette de Gramont n'était pas la première personne de sa famille que reçût le Sacré-Cœur. Elle retrouvait à l'Oratoire Eugénie, sa sœur aînée, femme du premier ordre, qui portait, dans un corps petit et disgracié, une dignité rare, une intelligence d'élite, un caractère élevé, un cœur ardent quoique contenu. Trèsappréciée par ses supérieures d'Amiens, peut-être ne lui manqua- 1- il que d'avoir passé par l'école douce et forte de M""* Barat pour que, plus tard, bien des regrets lui fussent épargnés.
A côté du noviciat, et en communauté presque complète avec lui, florissait le pensionnat, qui puisait, dans le contact journalier des postulantes, un surcroît de ferveur. Et ici encore, que de noms nous aurions à citer! Combien nous pourrions enregistrer de promesses que l'avenir devait tenir si magnifiquement ! Telle était alors la maison d'Amiens : c'était l'arbre aimé de Dieu dont parle TEcriture, que sa main a planté sur le bord des eaux, pour porter ses fruits dans la saison favorable.
Cependant l'orage se formait au-dessus de sa tête. S'il n'atteignait pas ses branches chargées de si belles fleurs, déjà il commençait à agiter sa cime, et d'un instant à l'autre il pouvait tout dévaster.
L'action de M"*^ Barat, ainsi que nous l'avons vu, avait été tristement diminuée à Amiens. Or, l'effet inévitable du mépris de l'autorité dans une maison religieuse, c'est que l'intégrité de son esprit s'en ressent, comme un courant se ressent de l'appauvrissement de sa source. Dans cet état de choses, l'esprit dont la sainte mère et le Père Varin étaient dépositaires, l'esprit du sacré Cœur, allait-il demeurer dans ceux qui se substituaient à ces deux fondateurs? Une oeuvre de grave importance allait le révéler.
Depuis quelques années, le Père Varin, de concert avec la mère fondatrice, s'occupait de donner à la Société ses Constitutions. Dans ce dessein, il s'était associé quelques-uns de ses plus sages amis, tels que le Père Barat, et plus tard, le Père Druilhet. Il paraît (ju'on avait également accepté la cullaboration de M. Tabbé de Saint- Eslève. Mais un esprit comme le sien ne pouvait s'accommoder d'un rôle partagé. Dircclour de la maison mère d'une Société dont il se laissait unicielle-