‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 92 sur 223 · MADAME DE GRAMONT D'ASTER · texte numérisé non relu

MADAME DE GRAMONT D'ASTER

ouvrir un pensionnat qui lui permît de vivre et de faire vivre les autres. A son retour en France, elle s'était d'abord retirée à Amiens, près de l'Oratoire, où avait été élevée sa seconde fille. Ensuite elle avait vécu tantôt à Tours, dans le palais de son oncle, le vieux cardinal de Boisgelin, tantôt à Paris, rue de Sèvres, dans la maison des filles de Saint -Thomas -de -Villeneuve, ne s'occupant plus que de Dieu, de ses enfants et des pauvres. C'est là qu'elle avait reçu souvent M"® Barat, durant le temps de ses retraites, et qu'une union toute sainte s'était formée entre elles.

Quelle joie n'était-ce donc pas pour la supérieure de retrouver à Amiens, au rang des postulantes, sa noble hôtesse de Paris! Quel soutien qu'une telle amie dans la crise présente ! Elle la voyait obéir à sa fille Eugénie, sa maîtresse des novices, avec une simplicité qui ne considérait que Dieu. « Toute notre maison, écrivaitelle, est dans l'attendrissement d^un si touchant spectacle ^ » Elle la voyait renouveler sa jeunesse comme celle de l'aigle dans le foyer de ce Cœur, avec lequel cette sainte femme était dans une union dont elle-même disait : « Dieu m'a mise dans une oraison passive et de simple regard, où Dieu seul fait tout et où l'âme reçoit tout de Dieu. lime donne une tendance continuelle à être toute à Lui, et à lui tout immolera » Elle reçut bientôt l'habit ; les circonstances pressaient, le roi rentrait en France, la cour pouvait la reprendre. M""" Barat lui donna le voile le 17 avril 1814: elle avait quarante-huit ans ! Dix jours après, Louis XVIII, passant par la ville

1 \ Mme Duchesne, Paris, 28 avril 1814.

2 LeUre à son confesseur. — V. Notice sur sa vie. Paris, 1836.

-d'Amiens, la pressa de venir reprendre aux Tuileries, auprès de M"'- la Dauphine, ses anciennes fonctions. Mais sa vie ne lui appartenait plus, elle venait de s'engager à la cour du Roi des rois.

Rentrant dans un tel milieu, après trois ans d'absence, la supérieure générale avait le droit de dire : « Je suis parfaitement contente de la famille où je vais passer l'hiver ' ; » et quelques mois après : « Tout va ici parfaitement; l'obéissance, la régularité, le bonheur régnent dans cette famille; aussi le bon Dieu la bénit-il sensiblement"-.» Il n'y avait pas eu d'interrègne pour Jésus-Christ, même au foyer de cette crise.

D'autre part, les lumières que la supérieure rapportait de Chcvroz, les concessions que sa charité avait faites à M. l'abbé de Saint-Estève, celles qu'elle attendait de lui, lui donnaient l'espoir d'une prochaine conciliation. « Je suis, ma chère Emilie, dans mon ancienne famille, écrivait -elle dès la première semaine de son séjour à Amiens; je n'y suis point dans le repos; mais un grand bien est déjà résulté, — non de mon travail, ma fille, car je ne suis, comme vous savez, capable de rien de bien, — mais plutôt des leçons et des conseils que j'ai reçus des amis du Seigneur ^ »

Cette confiance fut trompée. La bonne volonté de M"" Barat allait échouer contre des événements imprévus qui forment la seconde phase de cette crise d'Amiens.

L'empire venait de tomber; sa chute, en mettant fin à

1 A Ém. Girau(i, Paris, 14 décembre 1813. ■- A M"" Duclicsnc, Amiens, 20 février ISl'i. 3 Amiens, 19 janvier 181 'i.

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