‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 93 sur 223 · PÉRIL DU SACRÉ-COEUR · texte numérisé non relu

PÉRIL DU SACRÉ-COEUR

la proscription des Pères de la foi, ouvrait aussi la prison de M. de Saint-Estève. Déchu de la confiance de i'évêque d'Amiens, mais grandi dans l'opinion par sa captivité, il obtint du nouveau gouvernement l'emploi de secrétaire de M^ de Pressigny, ambassadeur du roi de France près du Saint-Siège, et il partit pour Rome le 7 juillet 1814.

Un mois après, 7 août, le Pape publia sa bulle du rétablissement de la Compagnie de Jésus. Le Père Varin entra immédiatement dans cette Société avec le plus grand nombre des Pères de la foi. Il commença aussitôt son noviciat à Paris; et, tout entier à ce grand travail de son âme, il attendit, pour reprendre celui des Constitutions, que ses supérieurs lui en fissent un devoir.

M. de Saint-Estève avait donc désormais le champ libre devant lui. A peine arrivé à Rome, il annonça, en effet, son dessein de faire prévaloir et approuver par le Pape ses Constitutions. « Les Constitutions de la Société de ces Dames, mandait-il de là, vont être soumises maintenant à l'examen de qui de droit. Le nom de Dames du Sacré-Cœur ne sera point goûté, sinon comme secondaire. On préfère le nom d'Apostolines comme premier nom et nom ostensible. Le vœu du Saint Père à ce sujet doit nous servir de règle et faire loi, surtout si on veut s'étendre et avoir son agrément. » Il ajoutait encore : « Dites à ces dames que j'espère leur obtenir une maison à Rome. J'ai déjà négocié cette affaire , et je ne désespère pas d'y réussir..., etc. » Celui qui avait déjà fait tant de choses à Rome, n'y était arrivé que depuis trois semaines !

La supérieure s'étonna, puis s'effraya de tant de

précipitation. L'humilité, la sagesse, la modération lui dictèrent cette réponse : « Nous pouvons donc espérer, mon Père, que, par votre moyen, le Souverain Pontife connaîtra les petites servantes du Seigneur et qu'il approuvera un jour leur Institut. Quand ce bonlieur nous sera donné, je dirai de bon cœur mon Nunc dimitiis, et le jour oi^i nous recevrons notre bulle d'approbation sera, sans contredit, le plus beau de notre vie religieuse. »

Mais ici M"'^ Barat proposait respectueusement quelques observations : « Avant de présenter les règles à l'approbation, ne serait-il pas sage d'attendre que la dernière révision ait eu lieu et qu'elle ait été acceptée par le conseil réuni de la Société? » Puis « toutes les maisons, excepté celle d'Amiens, ayant voulu se conformer à l'Institut de la Compagnie de Jésus, adapté à des femmes, autant qu'il pourra l'èlre, ne devait- on pas, d'après cette intention bien connue, se rapprocher davantage de l'ordre que saint Ignace avait suivi dans ses admirables Constitutions? » — Enfin, « le nom du Sacré-Cœur ayant été agréé de toute la Société, avec une sorte d'enthousiasme, ne serait- il pas difficile d'en faire recevoir un autre? Et d'ailleurs, de même que c'est à la Société de présenter au Saint-Père ses Constitutions, de même, n'est-ce pas à elle à se choisir un nom qu'elle soumettra ensuite au Souverain Pontife?»

Cette sage et simple lettre se terminait par ce vohi : « Que je serais heureuse si, à votre retour, la famille étant réunie dans un même esprit, nous pouvions, aidés par vous, notre ancien et fidèle ami, travaillera la l)Orfeclionner cl à l'étendre pour la gloire de Dieu I »

M"" iJarat se lronii)ait de temps. Des hauteurs du

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