‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 94 sur 223 · PÉRIL DU SACRÉ-COEUR · texte numérisé non relu

PÉRIL DU SACRÉ-COEUR

Vatican où il se voyait porté, le secrétaire d'ambassade ne proposait plus sa manière de voir, il l'imposait. « Il attendait, écrivait-il, une réponse des Tuileries qui lui dicterait la marche vis-à-vis du Saint-Père; il avait vu le Pape, les cardinaux, les princes; son travail avait été trouvé suffisant, bon, excellent; on lui avait déjà offert plusieurs maisons à Rome et en Italie, ainsi que des sujets français et italiens. Aussi les contradictions ne faisaient qu'accroître son zèle; absent comme présent, il voulait toujours être utile à la Société. Après quatorze ans d'attente, il était temps de lui donner une direction sûre, et de faire enfin cesser cette instabilité désolante qui faisait dire que ces dames avaient une bien mauvaise supérieure ou un mauvais conseil ^ » Ces lettres et d'autres semblables faisaient souffrir M"" Barat dans son autorité, mais elles faisaient la joie secrète de son humilité. « Du moins, en voilà un qui me traite comme je mérite ! » écrivait-elle à ce sujet à M""^ Duchesne.

En même temps, désireux de se faire accréditer par les protecteurs les plus influents de la Société , M. de Saint-Estève écrivit, le 7 novembre 1814, au Père de Clorivière , vieillard octogénaire, que l'on venait de nommer supérieur des Jésuites de France. Accusant ouvertement le Père Varin d'inertie^ M"'® Barat d'impéritie, il se disait chargé d'organiser lui seul la congrégation, de la faire approuver, et de lui procurer à Rome, en Italie, en Pologne, en Russie même, plusieurs établissements, ft C'est pourquoi, concluait-il, il faut absolument que M. Varin ne s'en mêle pas. M. Varin n'a qu'à dire à

1 Amiens, H septembre 1814.

ces dames de remettre tout pouvoir entre mes mains; autrement il y aura schisme. Le Saint-Père et nos amis ne reconnaîtront que les religieuses d'ici. Or ils savent qu'un seul mot de M. Varin, nettement prononcé, suffit pour déterminer celles de France. Qu'il se garde donc bien de se mettre en compromis avec le Saint- Père, les cardinaux, la cour de France, Son Excellence le ministre plénipotentiaire , persuadés, comme ils le sont, que lui seul sera la cause du schisme, s'il y en a. »

Le Père de Clorivière était un ancien officier de la marine de Louis XV. Il venait de subir, pour la cause de l'Église, une captivité de cinq ans dans la prison du Temple : il ne connaissait ni faiblesse ni peur. Démêlant la vérité, pour toute réponse, il se contenta d'ordonner au Père Varin de reprendre activement le travail des Constitutions, avec l'aide du Père Druilhet, l'esprit le plus capable de bien faire cet ouvrage, et le caractère le plus propre à le faire agréer. Il donna en même temps à l'ancien supérieur des Pères de la foi l'ordre de reprendre la direction de sa fille spirituelle; puis, de sa main tremblante, il traça lui-même à la servante de Dieu toute sa ligne de conduite dans ces quatre paroles : Priez, souffrez, patientez, espérez!

Tel fut aussi le texte des instructions que désormais le Père Varin adressa à cette forte chrétienne.

Son ardeur d'autrefois se retrouve déjà dans celle première lettre : « Pax Ckristi! Voilà, ma fille, l'explosion de l'orage que je voyais depuis longtemps se former sur voire tôle, et aussi sur la mienne. Courage donc et confiance! Quicontjue demande la croix, quiconque pense comme vous ne pouvcjir vivre sans rlle, doit savoir qu'elle s'étend vers les quatre parties du monde.

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