ELLE PACIFIE LES ESPRITS
sont avec moi comme par le passé '. » Ce n'était pas la paix encore, mais c'était une trêve.
jyjme gapat l'achetait chèrement. Il y avait alors dans la chapelle du pensionnat, qu'on vient de démolir, entre la sacristie et l'autel, une retraite à demi obscure, où la mère générale priait des heures entières, versant devant Dieu des larmes qu'elle ne montrait qu'à Lui seul. C'était là qu'elle se retrempait dans les forces divines. Bientôt, à cette puissance souveraine de la prière, Dieu en joignit une autre : celle de la souffrance. Le travail la tuait. « C'est, disait-elle , un miracle de la protection divine que ma santé se soutienne. "Je ne pourrai certainement y tenir plusieurs mois. » Presque chaque nuit, la Marseillaise la réveillait en sursaut : « Au premier moment, je crois être encore à l'âge de douze ou treize ans, écrivait -elle. Hélas! voilà comment le mal dure, tandis que le bien se lasse si vite -. » L'occasion de cette effervescence populaire était la translation des cendres de Napoléon T '' dans l'église des Invalides : « Je crains bien, disait la mère générale, que sous ces cendres illustres il y ait un feu caché qui éclatera tôt ou tardM » Le 15 décembre, jour de la fête, elle quitta l'hôtel Biron et vint se réfugier à la rue Monsieur, comme un peu plus éloignée de cette pompe bruyante. Mais là, dès le soir même, elle tomba malade pour plus de deux mois.
Ce temps de la maladie fut un temps d'union et d'immolation à Jésus crucifié. Presque chaque jour,
1 A M"'' Galilzin,22 nov. 1840.
2 A M""« de Limniinghe, 18 nov. — 8 déc. :î a M'"= Galilzin, 3 déc.
le matin, pendant l'heure de Toraison , les novices voyaient passer le saint Sacrement que l'on portait à leur mère; et, se mettant à genoux, elles disaient ces paroles de Marthe à Jésus-Christ: « Voici, Seigneur, que celle que vous aimez est malade. » Une fois, le jour d'une fête, une toux continuelle l'ayant privée de cette consolation, elle en ressentit une grande peine : « Que je vous plains, ma mère, de ne pouvoir communier, » lui dit une de ses filles. — « Il est vrai, répondit-elle , que ce m'est un grand chagrin de ne pas recevoir Jésus ; mais, du moins, j'ai sa croix : on ne peut pas tout avoir'. » Elle ne reparut au jardin que le 18 février 1841. Ce jour-là elle pria qu'on la portât au soleil, et, s'étant assise au milieu de sa famille , elle se lit d'abord présenter les postulantes qu'elle ne connaissait pas. L'une d'elles s'approcha alors toute tremblante , et , tombant à genoux, lui demanda pardon de ce que, un matin, à l'heure de l'oraison, entrant par erreur dans la chambre de la malade, elle l'avait réveillée : « Mais, mon enfant, lui dit la mère générale, je n'ai qu'à vous remercier. Vous m'avez procuré l'occasion de faire plus lot un acte d'amour de Dieu"^ »
A peine remise, la supérieure s'occupa des fondations dont nous présenterons plus loin le tableau , et qui se multipliaient à mesure, semble-t-il, que se multipliaient aussi les souffrances de sa Société. Elle reprit en même temps la visite de ses maisons, en particulier de ses maisons du Nord , (jui formaient la province confiée à M l'AipriMiie de Gramont. Amiens la
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2 Journal ilti noviciat, 18 février l^'d, cl l<'moignage de M"" ilc Kus- 8cy, n" liM.