‹ Histoire de Madame BaratChapitre 103 sur 311 · SES VISITES DANS LE NORD · texte numérisé non relu

SES VISITES DANS LE NORD

remplit de joie : « Ah ! disait-elle, c'est bien le berceau du Sacré-Cœur. Je m'appuie sur ce cher troupeau d'Amiens, bien aimé de Jésus, pour m'aider à fortifier la Société dans son véritable esprit qui est foi, obéissance, dégagement, zèle des âmes, recueillement, prière. Voilà le vrai baptême dans l'eau et dans l'Esprit, sans lequel tout se dessèche'. » Lille et Jette marchaient dans les mêmes sentiers : « Tout ici, témoignait-elle, se fait simplement, mais que de solide dans celte simplicité! » Beauvais, plus ébranlé, avait dû recevoir une autre supérieure ; mais aujourd'hui l'inquiétude avait fait place à l'action de grâces : « Nous devons bien remercier, car tout pouvait tourner à notre détriment, si Notre -Seigneur Jésus- Christ ne nous eiit secourues ^ » Enfin, résumant, au retour, les fruits de sa visite : « Nous sommes Irès-consolée du grand bien qui se fait dans les maisons du Nord. Religieuses, enfants tout est à la Société! Et puis il y règne un si bon esprit. Celui de Paris s'améliore aussi sensiblement. Ah! douceur et patience font plus que force et que rage. Pourquoi ne veut-on pas agir dans ces principes qui sont, au fond, ceux de Notre-Seigneur ^? »

^jme garât adressait à ses filles d'Amérique les mêmes exhortations, et leur communiquait les mêmes espérances : « Tout se calme peu à peu. Chacun travaille de son pouvoir au bien de la Société. J'espère donc que Jésus continuera de nous bénir. Quant à la conduite à suivre, je n'ai qu'un mot à vous dire : Tenez-vous au tronc, quelque chose que vous entendiez. Nous nous

i A M™« de Rozeviile, 26 juin 1841.

2 A M'"« Eul. de Bouchaud, 7 août.

3 A M""= Aude, 23 juillet et 23 août.

entendrons toujours, car ma boussole sera Pierre, le vicaire de Jésus-Christ. Nous ne pourrons nous tromper tant que nous serons dans cette voie, et plutôt mourir que d'en sortir jamais '. »

A l'automne, M""^ Barat reprit le chemin de Rome, pour essayer d'y faire, avec l'aide de Dieu, la même œuvre qu'à Paris, par les mômes moyens. Partie le 16 septembre, elle arriva seulement le 19 novembre à la Trinité-du-Mont. Mais déjà son départ avait soulevé en France une grande rumeur. C'était , aux yeux des évêques et de plusieurs religieuses, une sorte de rupture de ban. M°"^ Barat se trouva plus perplexe que jamais. Mise en demeure de se prononcer, allait- elle obéir simplement aux Décrets, en résidant à Rome jusqu'au prochain Conseil? ou allait- elle rassurer l'opinion en France, par son prochain retour, mais en se compromettant auprès de son Conseil et de la cour de Rome ?

Saint Vincent de Paul a dit : « Là où la prudence humaine finit par ne voir goutte, là commence à poindre la lumière de la sagesse divine. » Le premier rayon en vint cette fois du foyer même, qui est au Vatican. Sans se prononcer encore officiellement sur le fond des choses, Grégoire XVI, instruit des troubles que suscitait cette afl'aire, en avait exprimé un jour sa iiensée personnelle au cardinal Lambruschini; c'était une pensée de conciliation. « La supérieure générale du Sacré- Cœur, dit le Saint- Père, doit retourner en France et y faire sa résidence ordinaire. Elle pourra revenir à Rome de temps à autre, pour y visiter ses établissements, et entretenir avec le Saint-Siège des rapports

' A M ■" llnnley. l'aris, l."i juin iSil.

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