‹ Histoire de Madame BaratChapitre 107 sur 311 · CONSEIL DE LA FERRANDIÈRE · texte numérisé non relu

CONSEIL DE LA FERRANDIÈRE

supérieures locales : « Je voudr&is y voir toutes les opposantes, » disait ce large esprit. M""^ Galitzin était revenue d'Amérique , amenant avec elle une jeune professe, M"^ Aloysia Hardey, qu'elle avait discernée et qu'elle savait mûre pour le gouvernement. « L'arrivée de toutes nos mères, par toutes les routes aboutissant à Lyon, a été pour moi un spectacle consolant, écrivait alors la mère générale. Car, quel attachement elles ont manifesté pour la Société et pour moi! Quel esprit de conciliation, de prière et de charité! Ayons donc confiance, le Cœur de Jésus ne nous abandonnera pas*. »

Seule, la mère de Gramont retardait sa venue. Elle alléguait l'opposition que mettait à son départ l'archevêque de Paris. Ce n'était que trop vrai.

M^ Affre, successeur de M-"" de Quélen, avait d'éminentes vertus de caractère et de cœur : sa belle mort l'a montré. Mais esprit froid et dur, prévenu contre les Jésuites de méfiances injustes, et confondant le Sacré- Cœur dans la même défaveur, il crut voir, dans la convocation du Conseil à Lyon, l'intention de se soustraire à son autorité. Le 12 juillet, il adressa à la supérieure générale une lettre sévère, qualifiant d'irrégulière toute réunion du Conseil en dehors de la maison mère dont il se disait le chef; conséquemment, il lui faisait défense de délibérer sur les Constitutions et les affaires générales de la Société. En même temps, s'adressant à tous les évêques des diocèses où le Sacré- Cœur était élabli, il leur notifia Topposition qu'il croyait devoir mettre au Conseil et aux changements introduits par les derniers Décrets. Vingt-deux évoques adhérèrent

1 A M"><= Euh de Bouchaud, 29 juillet 1S42.

à ce réquisitoire. En* vain M'"** Barat essaya-t-elle de le fléchir par une lettre respectueuse ; il maintint sa défense.

Il n'y avait plus qu'un recours : Rome fut consultée. D'urgence, une commission de huit cardinaux examina l'affaire. Cependant, la supérieure avait cru devoir suspendre l'ouverture du Conseil. Elle souffrait le martyre. Tout, au dehors comme au dedans, semblait conspirer à son accablement. Les chaleurs étaient étouffantes, les orages quotidiens ; le tonnerre tomba , un jour, à quelques pas de ses soeurs. Pendant la nuit, elle avait des cauchemars 'affreux. Des lettres lui apprenaient que sa plus ancienne compagne , la mère Henriette Grosier, touchait à sa dernière heure. « Mon pauvre cœur brisé ne peut plus se reposer, écrivait- elle alors. La nuit même, dans mon sommeil, je pousse des gémissements : sans cesse je vois la mort. Elle viendra bientôt pour nous, et si nous n'étions pas prêtes, ce serait bien notre faute. Que d'avertissements' ! » M""' Grosier mourut à Paris, le 28 juillet. « Ce qui double mon sacrifice, c'est de n'avoir pas pu l'embrasser encore une fois, » disait M"'° Barat. Puis, enviant son sort, elle ajoutait que « si la paix pouvait être rendue à la Société, elle serait bien heureuse de se réunir à celles qui étaient dans le repos* ».

Ainsi environnée de ténèbres et de deuil, elle demanda aux Conseillères de se mettre en retraite : « 11 faut lever nos mains au ciel, là se trouve notre espérance; mais dans les hommes, non! Levavi oculos meos

I A M"" d'Avenas. 8 mai 18.'i2.

a A M"" E. do Graiimnl . .^l jiiillcl.

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