‹ Histoire de Madame BaratChapitre 109 sur 311 · DISSOLUTION DU CONSEIL · texte numérisé non relu

DISSOLUTION DU CONSEIL

à des inquiétudes dont elle ne parlait qu'à Dieu. La mère Desmarquest voyageait avec elle : « Ma compagne et moi, nous gardions le silence, raconte M'"° Barat. La douleur nous oppressait. Le temps était plein de pluie et de tempêtes. Tout était en harmonie pour nous attristera »

M""* Barat s'était rendue de Lyon à Besançon , et de Besançon à Autun. Là, elle reçut une lettre qui fut un coup de foudre. Nous l'avons vue souffrir la contradiction dans sa Société; elle l'avait trouvée ensuite dans l'épiscopat. Elle allait la rencontrer plus redoutable encore dans le gouvernement.

En effet, cette lettre était du ministre des cultes. M. Martin (du Nord), instruit occasionnellement par l'archevêque de Paris des derniers changements, venait d'écrire à ce prélat que la Société des Dames du Sacré-Cœur, en transférant la résidence de sa supérieure à Rome , contrairement aux statuts approuvés par l'État en 1827, avait violé la loi et perdait le bénéfice de son approbation. En conséquence, il sommait la Congrégation de revenir immédiatement à ses premières règles, sous peine de se voir appliquer la loi du 24 mai 1825. La sanction de cette loi était la dissolution de la Société, l'interdiction de l'enseignement, et la vente des maisons au profit des hospices et établissements de bienfaisance. La lettre du ministre était communiquée à M'"° Barat par un vicaire général de l'archevêque de Paris, qui la pressait d'y revenir. « Monseigneur, disait-il, est dispose à servir de tout son pouvoir M""" la supérieure, mais il a dé-

1 A M""^ de Limminghe, 12 sept. 1842.

clarc qu'il l'abandonnerait si elle s'abandonnait ellemême '. »

Qu'allait faire M""' Barat? Le cardinal protecteur se montrait mécontent de la dissolution du conseil de Lyon ; le Père Rozaven se taisait par prudence. « Plusieurs n'osent ni nous défendre, ni même nous conseiller, écrivait la supérieure. Cependant ne perdons pas courage! Seulement taisons- nous , et invoquons Jésus, Marie et saint Michel. J'ai la confiance que nous sortirons de cet abîme , et que nous tirerons un grand bien de ces afflictions -. « C'est alors qu'arriva M^'^ Matthieu. Il revenait de Paris ; il avait fait exprès le voyage d'Autun pour instruire la supérieure des dispositions du gouvernement et hâter son départ. Elle partit, et le 3 novembre elle était à la maison mère. L'internonce de France, M^ Garibaldi, la loua de son retour : on avait compris que c'était, pour sa famille, une question de vie ou de mort.

Il n'entre pas dans notre plan d'exposer en détail la lutte qu'eut à soutenir, pendant plusieurs mois, la mère générale, forcée de résister à des partis extrêmes, desquels elle disait : « Que ma position est pénible! Je suis, comme l'attelage des quatre animaux dont parle le prophète, tirée en sens inverse. » Une des plus grandes soulîrances des âmes généreuses est d'avoir à combattre des adversaires (lu'elles vénèrent. C'était la souffrance de M'"" Harat. Elle disait, en parlant de ces dissidences entre serviteurs de Dieu : « Jamais je ne l'aurais cru ; mais les saints , jusqu'à ce (lu'ils

1 Lellrc (le M. Tabbi' Gros, vicaire géni'ral (!•■ Paris. 17 ocl.

2 \ Mil.» |.^ii|. de lioiicliauil, 'i jnnv. Isi2.

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