‹ Histoire de Madame BaratChapitre 110 sur 311 · SES LUTTES A PARIS · texte numérisé non relu

SES LUTTES A PARIS

aient passé per ignem, c'est-à-dire , ou le feu de Tamour de Dieu, ou le feu du purgatoire, ont bien de la peine à s'accorder entre eux^ » L'archevêque, lui aussi, avait l'âme trop droite pour ne pas apprécier celle de M""" Barat. Plus d'une fois on l'entendit répéter qu'il « regrettait d'avoir à la contrister, car c'était une sainte ». S'il la pressait de souscrire à la suppression des Décrets du Conseil, c'était, disait-il, afin de sauver l'Ordre; et, de vrai, M™° Barat « acquérait chaque jour la certitude plus grande que la destruction de sa Société était déjà résolue ». D'autre part, ses assistantes, accusant de faiblesse son retour à Paris, refusaient de l'y rejoindre, et protestaient par écrit contre tout ce qu'elle y ferait sous la pression de l'archevêque, ainsi qu'elles s'exprimaient. L'ardente M"'" Galitzin écrivait « qu'elle et ses adhérentes préféraient être supprimées plutôt que de n'être pas romaines. » — « Vous en prenez votre parti bien facilement, répondait la mère supérieure à cette exaltée. J'avoue que je ne supporterai jamais un tel langage ni de tels procédés que pour l'amour de Notre- Seigneur. Quant à moi, fasse le Ciel que je n'aie pas la douleur de voir notre ruine ! Je ne la souffrirais pas sans

mourir, je le sens »

Cependant elle excusait l'intention de ses bonnes, mais imprudentes filles. « Prions, écrivait -elle, pour que quelques-unes des nôtres, excellentes d'ailleurs et de bonnes intentions, comprennent que le plus parfait est souvent l'ennemi du bien. » Elle ne voulait entendre ni récriminations ni accusations : « Ah! écrivait-elle, ne dites pas : C'est telle ou telle. Ce sont nos infidélités

1 A M'"' d'Avenas, 8 sept. 1842.

à toules qui nous attirent ces maux. Comment réparer maintenant? Dieu seul le sait. Prions'! » Accusait-on quelque personne d'ingratitude envers elle : « 11 ne peut exister de véritables ingrats qu'envers Dieu, répondait-elle. Si on ne nous doit rien, comme il est vrai, nous aurions tort de nous plaindre de l'ingratitude. D'ailleurs, chère bonne mère, ne l'avons -nous jamais été nous-mêmes envers Jésus-Christ^?» Une de ses plus chères religieuses, en lui écrivant, s'étant quelque peu oubliée à son égard, elle lui répondit : « jMa fille, cette parole m'aurait fait de la peine si je ne distinguais quelquefois votre style de votre cœur ^ » Et à une autre : « Non, ma chère bonne mère, non, je ne suis pas injuste envers vous. Un jour peut-être vous saurez tout ce que j'ai souffert. Ce mot m'échappe, il sera le seul. Je n'aime pas à me plaindre; j'aime mieux prier et me taire ''. »

11 est des circonstances, a-t-ondit, où le silence est la mesure de la force. Autant qu'il était possible , ]^jme garât g^ taisait : « Je veux, disait-elle, imiter Notre- Seigneur Jésus -Christ dans son silence : Jésus autem taccbat. Ces trois paroles font ma force et ma consolation. » Elle priait beaucoup, à l'exemple de Celui (pii, « dans son agonie , redoublait ses oraisons. » Que d'heures elles a passées, que de larmes elle a versées dans le petit vestibule ouvrant sur la chapelle, que nous avons décrit! H fallut même que M'" rarchevèque de Besançon lui interdît ces fatigues. 11 lui écrivait : « Attachez-vous seulement à voli'c croix par les liens de

1 A M"' d'Avcnas, il j;inv. 1813.

2 A M le Hozeyille. l'aris, 2o dcc. lHi2.

a A M"" d'Avcnas, 17 mars 18i2.

4 A M"" K. (I(j Granuml, 2\ ncl. lN'r2.

Page 1