‹ Histoire de Madame BaratChapitre 111 sur 311 · SON RECOURS A DIEU · texte numérisé non relu

SON RECOURS A DIEU

l'amour, et laissez cette divine croix prier elle-même pour vous. Cette considération très-vraie et très- douce calmera votre cœur. »

Souffrante dans son cœur, M™^ Barat souffrait aussi dans l'estime publique. Autour d'elle, à Paris, il ne manquait pas de personnes qui proclamaient très-haut que la sénilité se faisait sentir dans l'esprit affaibli de la mère générale : « La bonne tète, disait-on, la vraie tête de la Société, c'est M'"^ de Gramont ! » M"^° Barat n'avait pas besoin qu'on l'avertît de son peu de mérite. Sa propre humilité lui faisait croire parfois que sa démission calmerait la tempête : elle demandait, comme le prophète, qu'on la jetât à la mer pour sauver le navire; et, savourant d'avance « le bonheur de n'être rien », elle écrivait : « Oh ! qui me donnera ce rien que je désire, ce me semble, du fond de mon âme! » Le 21 décembre, se rappelant que c'était à pareil jour que le Père Varin l'avait chargée de la supériorité : « Le Seigneur, écrivait- elle, me fait bien expier les fautes de mon trop long gouvernement; car il y a aujourd'hui, fête de saint Thomas, quarante ans que je fus nommée supérieure. Je venais de finir ma vingt-troisième année. Que de croix depuis ! Et devais-je m'attendre à celle qui aujourd'hui accable ma vieillesse?... » Puis soudain la confiance reprenant le dessus : « Mais, non, je le répète, c'est une miséricorde , et un jour, sans doute, nous reconnaitrons les desseins du Seigneur dans une marche des choses si extraordinaire. »

Ces desseins allaient commencer à se manifester. Le 2 décembre, M^ Affre adressa au Saint-Siège un mémoire où il priait le Pape de « conjurer la ruine d'une Société si utile à rÉs:lise de France, en remettant en

vigueur, dans leur forme pure et simple, les statuts approuvés par Léon XII.» Vingt-deux évèqucs souscrivirent à cette supplication. En même temps, le cardinal Pedicini sollicitait également le Saint-Siège de pourvoir au salut de la Société dont il était le protecteur. Il était nécessaire qu'un homme très au courant de la situation, et d'une prudence reconnue, fit le voyage de Rome, pour y mettre les choses dans leur vraie lumière. L'internonce agréa particulièrement M^ Matthieu, déjà désigné par le cardinal Lambruschini, et qui , alors, joignait à sa réputation de sagesse et de savoir, celle d'une fidélité inébranlable à l'esprit du Saint-Siège romain.

M^ Matthieu avait depuis longtemps toute la confiance de M""" Barat , et il la méritait. Invoqué par elle comme conseil dans ces affaires, l'ancien confesseur de la communauté de Paris y avait répondu , depuis quelques mois surtout, par un dévouement qui n'avait pas regardé à ses propres périls. « Ma chère et vénérée mère, écrivait-il alors à M'"" Barat, je ne me suis jamais dissimulé qu'en vous rendant service, dans de pareilles difficultés, je pourrais en recueillir des désagréments. Mais permettez- moi, en partageant voire croix, d'en éprouver aussi un peu la pesanteur. Ce fut le bonheur de Simon de Cyrène d'avoir eu lui-même quelque chose à souffrir, en aidant notre divin Maître dans le trajet du Calvaire. » Mais au delà de ce Calvaire, il avait soin de montrer à M'"" Barat le triomphe final de sa Société : « L'orage, lui disait-il, qui bal incessammenl à la porte de votre cœur, est ini trait sitjualc de la dirhic iniscriconlc sur ro//x et siw vos sa'urs*. »

t Be8anron,9 nov. 18'r2.

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