APPEL ET JUGEMENT A ROME
M='^ de Besançon, après s'être assuré de l'opinion de la plupart des évoques de France, partit pour Rome, où il arriva le 18 janvier 1843. « Il alla, ce jour même, dire la messe au Gesu, sur le corps de saint Ignace ; et là , il le pria d'exterminer ses desseins et de faire échouer sa mission, si le tout n'allait pas à la plus grande gloire de Dieu '. » M""" Barat, de son côté , recevait indirectement des lumières surnaturelles qui la réconfortaient, comme elle écrivait: « Une sainte àme , qui ignorait tout ce qui s'est passé , a dit à une des nôtres, après avoir prié, que notre salut viendrait de Rome. Espérons donc, ma fille, que toutes ces épreuves auront disposé le Cœur de Jésus pour sa petite Société -. »
M^ Matthieu remit au Pape une lettre de M""® Barat et il en reçut bon accueil. Une commission de cardinaux, chargée de l'examen des Décrets incriminés , ne fut pas moins favorable à ses explications. Il est vrai que, dans le fond, tous ces prélats inclinaient pour la résidence à Rome et les nouveaux Décrets; mais était-ce le moment de les faire prévaloir, au risque d'une rupture entre Rome et la France, et au détriment de ceux mêmes que l'on voulait servir?
Vers le milieu de mars, la mère générale se trouvait à Conflans, quand une lettre de M^ Matthieu, datée du 9 de ce mois, lui apporta enfin la grande solution. Sur la question de savoir « s'il y avait lieu d'approuver les derniers Décrets du chapitre général des filles du Sacré-Cœur, la commission avait répondu négativement, et avait déclaré que la Société devait être
> Rome, 30 janv. 1843.
2 A M'"« Kerulvay, 8 avril 1843.
gouvernée conformément aux règles confirmées par Léon XII. » Tous les cardinaux, y compris son éminence le cardinal Pedicini, avaient opiné dans ce sens. Le Pape avait ensuite sanctionné celte réponse de son approbation. M^ Matthieu observait que la séance de la commission s'était tenue le prenjier vendredi du mois, jour consacré au sacré Cœur de Jésus, dont il voyait Tassistance , et dont il saluait le triomphe dans cette décision ^
Dans une autre de ses lettres, l'archevêque de Besançon traçait à la mère Barat la ligne de conduite à tenir pour consommer la paix : « Vous ne ramènerez rien par empire, mais bien par débonnaireté. Si même vous avez un peu à excéder, il faut que ce soit de préférence du côté de Notre- Seigneur, qui vient toujours à nous le premier, malgré nos fautes. Quant au gouvernement de votre Société , autant vous serez douce et bonne pour tout le monde, autant il faudra être ferme et supérieure dans toute la force du terme. »
M"'^ Barat comprit surtout qu'il fallait être bonne. Pouvait-elle abandonner une arme qui, jusqu'ici, l'avait si bien servie? Le 6 avril, elle disait dans une circulaire: « Bientôt, mes chères mères, nous remercierons le Seigneur des tribulations qu'il nous a fait traverser. Nous reconnaîtrons que la croix est toujours l'arbre de vie , et que tous les biens nous viennent avec elle. » Dans cet espoir, elle exhortait toutes ses filles à oublier leurs divergences de i)ensées, pour voir, dans la parole du Vicaire de Jésus-Christ, la parole de Dieu.
Elle ne fut pas trompée. Le jour où le cardinal j)ro-
I Home, 2H lév., el riorence, 9 mars.