MADAME GALITZIN EN AMÉRIQUE
ayez avec vos religieuses douceur, force et patience. Jésus vous aidera à les former... En Amérique, surtout, il faut être douce et calme; vous ne ferez rien, si vous opérez autrement. Le caractère américain est la raison personnifiée. Il ne supportera jamais la passion ni ce ce qui paraît en tenir'. »
Une lettre circulaire de la mère générale à ses filles d'Amérique était destinée à préparer les voies à la visitatrice : « Je tiens, lui disait-elle, à ce que vous soyez reçue comme vous le méritez; toujours, bien entendu, en vue de la gloire de Jésus, dont nous ne sommes que les petites servantes. Bien pour nous que le mépris , si nous savons l'apprécier. » Et dans une autre lettre, résumant, en deux lignes, toute l'ambition de son zèle : « Le temps presse. Faites des saintes de tout ce qui vous entoure : devenez vous-même une sainte, ma fille, vite , vite ! » On dirait que M'"^ Barat semblait croire qu'un long temps ne serait pas laissé à cette âme victime, et qu'elle devait doubler le pas vers la perfection.
M™® Galitzin commença sa tournée par la Louisiane et le Missouri. L'accueil qu'elle y reçut répondit aux espérances de la mère Barat. « Elle réussit à merveille, disait la mère générale. A Saint-Charles, par exemple, le peuple la nomme la reine. »
Un des premiers actes de cette souveraineté, et le plus important de tous, fut la fondation de New-York demandée depuis longtemps par l'évêque de cette ville. Au mois de juillet 1841, M'^"' Hugues, évêque coadjuteur de M^ Dubois, bénit l'établissement. Deux ans
1 Paris, 1" oct. 1840.
après, ce premier germe ayant clé transplanté sur rile-Longue d'Astoria, commença à devenir un des plus grands centres de la Société. Ainsi se réalisa le plan de campagne dressé, quatorze ans auparavant, par M""" Barat : « La Louisiane, écrivait-elle en 1829, a maintenant suffisamment de maisons. 11 faut s'en tenir là pendant plusieurs années. Puis il faudra penser aux États-Unis de l'Est; et c'est par New- York que nous commencerons'. »
A Saint- Louis , ]\J"'° Duchesne demandait depuis longtemps, pour seul prix de ses travaux, d'être déchargée de la supériorité. Elle ne cessait d'écrire à jyjme Parât : « Mon unique consolation serait d'être remplacée. Je le demande à ma mère par le Cœur de Jésus... Je sens que je suis maintenant un instrument usé, un bâton inutile qu'il faut jeter dans un coin. Dieu permet que tout me le montre. » Pressée par ses prières, M"'" Galitzin accepta sa démission.
Dès lors, l'héroïque femme se plongea dans cette abjection en Dieu et pour Dieu qui couronne si bien sa vie d'apùtre et de sainte. « La mère Duchesne est bien contente, écrivait sa compagne, M"'*' Lucile Mathevon. Elle est un grand exemple pour la maison où elle se mortifie en tout et j)artout. La vue de sa pauvre chambre vous ferait pleurer. Son lit efet dans un basfond, sous un escalier : c'est un Alexis. Elle dit (ju'elle y est plus tranquille qu'ailleurs. Agée, malade, infirme, avec deux vésicaloires aux jambes, elle se traîne pour aller demander une permission. Il est peu de saintes canonisées (jui aient fait autant que cette bonne mère. »
I A M"" iJuchesne, tî juin el Js août ls2'.t. — //. A M •" Aii.io.