MADAME DUCHESNE CHEZ LES SAUVAGES
Dans ces mêmes dispositions, l'humble mère implorait une seconde faveur : celle d'aller terminer ses jours chez les sauvages. M^ Rosali demandait une colonie de religieuses du Sacré-Cœur, pour la tribu chrétienne des Potowatomies, sur les confins du Missouri. Enflammée par le tableau que lui en fit le Père de Smet, M™* Duchesne « avait tellement senti se réveiller en elle son ancienne ardeur, qu'à peine sortie de maladie, elle s'était déjà trouvée ressuscitée par l'espoir qu'elle ferait partie de cette expédition ». La mère Barat était faite pour comprendre l'héroïsme. Elle écrivit à son assistante d'Amérique de ne pas refuser à la mère Duchesne cette satisfaction et cet achèvement d'une carrière d'apôtre : « Comprenez bien, chère mère, que la fondation de la Louisiane ne fut pas notre premier objet, et que ce fut pour les sauvagesses que M""® Duchesne se sentit inspirée d'entreprendre cette œuvre. » Cette sainte mère , âgée de plus de soixantedouze ans , ne se contint plus de joie , quand il lui fut permis de partir, simple religieuse missionnaire, sous les ordres de la mère ^lathevon, son ancienne novice.
Ce fut le 8 juillet que la petite colonie arriva, par bateau, au village de Sugar-Greek, dans un territoire indien, où elle fut reçue royalement,* au son de la musique, au bruit de la mousqueterie, par toute la tribu.
M""® Barat félicita son amie du bonheur qu'elle-même lui avait procuré. Le 23 août 1841, elle lui écrivit : « Avec quelle consolation, chère mère et ancienne fille, j'ai reçu votre lettre timbrée du village des Potowatomies ! Enfin, vous avez donc touché ces plages sauvages, objet de vos longs et ardents désirs! Jésus veuille vous
y conserver et vous donner le moyen de faire le bien ! » Et dans une autre lettre: « Priez pour votre mère, qui voudrait bien partager vos travaux. Elle en est indigne; au moins je m'en console en pensant que vous m'avez remplacée auprès de ces sauvages qui me sont si chers ^ » Elle écrivait de même à M""" de Rozeville, qui, elle aussi, eût souhaité ces obscurs travaux : « Sans doute, chère mère et fille, nous serions trop heureuses de finir nos jours loin de tout l'univers, dans un coin reculé du globe, et, là, de nous sanctifier en instruisant les simples; mais cette mission n'est pas faite pour nous. Ne devons-nous pas expier nos défauts, nos défaillances et nos restrictions au service du Seigneur? Souffrons donc, portons la croix; ce doit être notre vie; et laissons les sauvages à la mère Duchesne, qui est du bon vieux temps ^ »
Cependant on s'aperçut que cette rude vie dévorait le reste des forces de M""' Duchesne. Aussi, au mois de juillet, l'évêque coadjuteur de Saint-Louis, M^ Richard Kenrick, fut tellement effrayé de son dépérissement, qu'il la ramena à Saint-Charles, où elle continua à se cacher, à prier, à souffrir pour « ses chers sauvages, qu'elle n'oublia jamais ».
D'un autre côté, le noviciat de Fleurissant, dans le Missouri, ne faisait plus que languir. M""" Galitzin reçut l'autorisation de le transférer d'abord au bourg de Mac-Sherry's lown, dans la Pensylvanie, d'où la rigueur du climat força de le transporter dans la ville même de Ne\v-York, en 1843. Ces translations, dont nous verrons encore de si nombreux exemples , n'étonneront
> Paris, ?9 aortl et 'A 8.>pl. I.'<'il.