‹ Histoire de Madame BaratChapitre 119 sur 311 · FONDATIONS EN AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

FONDATIONS EN AMÉRIQUE

aucun de ceux qui connaissent l'Amérique , où les distances ne comptent pas, et où une activité dévorante fait tour à tour surgir et disparaître de grands foyers de vie.

Un autre point sur lequel la supérieure générale attira l'attention de la visitatrice fut le Canada, cette France du nouveau monde, où se sont conservées jusqu'à nos jours les mœurs chrétiennes de la première moitié de notre xvn° siècle. L'évèque de Montréal, M^ Bourget, offrait au Sacré-Cœur une maison toute prête, avec une propriété de trois cent soixante arpents en terres, bois et prairies sur le bord d'une rivière. « Je trouve qu'il ne faut pas refuser cet avantage , écrivait jyjme gapat à la mère Galitzin. M^ de Montréal nous promet des novices et du bien à faire, du moins, par la suite, car les commencements seront nécessairement faibles. » Le domaine offert à la Société était situé à Saint- Jacques de l'Achigan. Obéissant à ces ordres, l'assistante d'Amérique s'y transporta pour le visiter. Ce ne fut, toutefois, qu'à la fm de décembre 1843 , que, bravant la rigueur du climat et de la saison , quatre religieuses s'y rendirent le jour de la fête de saint Jean l'évangéliste. Les élèves et les novices ne tardèrent pas à remplir le nouveau sanctuaire élevé au sacré Cœur.

Cependant , M"'^ Galitzin s'étant rendue en France pour les affaires du Conseil de 1842, en avait rapporté une nouvelle ardeur à se dévouer, à s'immoler au service de Dieu. A son retour en Amérique, elle fit la visite de ses trois fondations de New- York, de Mac-Sherry's town et de Saint -Jacques de l'Achigan, accueillie partout comme la représentation vivante de

la mère générale. De là, malgré une fièvre qui ne la quittait guère, elle descendit vers le Sud; et le l'i novembre, elle était à Saint-Michel. La fièvre jaune y sévissait. Loin de s'en effrayer, on la vit assister et servir les malades jusqu'à leur dernier moment. On eût dit qu'elle courait au-devant de la mort. Elle la rencontra, et, le 1"' décembre, elle sentit les atteintes de l'épidémie qui devait l'emporter.

Il y avait longtemps que M""^ Barat exhortait cette chère fille à la méditation de son éternité. Cette année-là même, elle lui écrivait, à l'occasion de la mort de sa mère et de son parent, le prince Pierre Galitzin : « Ces êtres chéris, dont la fin a été si consolante, habitent donc la vraie patrie où tous les biens sont réunis et d'où sont bannis tous les maux. Qu'ils sont heureux! Voudrait-on les voir ailleurs, sans cruauté? Bienheureux donc les morts qui meurent dans le Seigneur^ » M"'° Galitzin sentit que l'heure était venue de rejoindre les siens, et de faire le sacrifice qu'elle avait offert à Dieu pour le salut de la Société. Le 7 décembre, elle demanda au médecin de lui déclarer si elle allait mourir. Comme celui-ci hésitait : « Je ne crains pas la mort, dit-elle, je la désire môme, pourvu que ce soit la volonté de Dieu , car je ne veux que cela. » Elle expira le 8, jour de l'Immaculée Conception de Marie; on lui fit des grandes obsèques : les nègres faisaient retentir l'air de leurs gémissements.

La mère Galitzin, avec de riches facultés, une forte instruction, une énergie indomptable, une étonnante facilité de style et de parole, beaucoup d'esprit et de gaieté, manijuait cependant, soit dans rintclligence, soit

> Paris, 12jaiiv. iS't'.i.

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