‹ Histoire de Madame BaratChapitre 120 sur 311 · MORT DE MADAME GALITZIN · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME GALITZIN

dans le caractère, de celte condescendance que commande le respect des âmes, et de cette mesure qui seule assure les grandes choses. Mais c'était une femme forte et une vraie religieuse. L'Amérique lui dut beaucoup : elle imprima à cette mission un élan décisif. La Société aussi lui fut très-redevable, puisque, dans plus d'un sens, elle lui immola sa vie, comme le témoignait la mère générale dans les lignes suivantes : « Quel vide nous laisse cette excellente mère, pour moi, surtout, dont elle était la main droite ! Quel dévouement pour tout! N'estce pas ce dévouement qui la pressait d'aller en Amérique, malgré la fièvre qui la dévorait depuis plusieurs années? C'était, hélas! pour y trouver hâtivement une mort qu'au reste elle' désirait ^ »

Cependant une autre terre s'ouvrait au Sacré-Cœur.

Dès 1839, la mère générale avait reçu à Rome M"'' Dupuch. Là, l'évêque d'Alger lui avait fait part de son désir ardent de civiliser l'Afrique, en y faisant régner le sacré Cœur de Jésus. Il lui demanda donc une colonie de ses religieuses: « Lorsque, lui écrivait-il quelque temps après, j'envisage dans les vues de la foi la sublime vocation de votre Société, je ne puis m'empêcher d'affirmer que cette Société est appelée à une grande et divine mission en Afrique. Si vous daignez l'accepter, quelle consolation ne sera-ce pas pour ce pauvre évèque d'Alger, qui, à Rome même, portait le nom d'évêque du Sacré-Cœur! Je me jette donc aux genoux de M"" Barat, et je la conjure par le Cœur de Notre-Seigneur, par les âmes qu'il m'a données à sauver, d'avoir pitié de nous. »

]^jme gapat répondit immédiatement. Deux religieuses

1 Paris, 3 fév. 1844.

furent envoyées pour étudier les lieux. Mais nos contemporains savent le peu de concours, sinon les oppositions, que trouvèrent en Afrique les œuvres poursuivies par l'évêque d'Alger. Il manquait d'argent. M"'" Barat y suppléa. Elle lui avait déjà fait de grands dons pour son œuvre des enfants à Bordeaux ; elle lui fit de larges avances pour l'achat d'un établissement à Alger. « Nous n'avons plus de ressources, .Monseigneur, lui mandait- elle, mais je suis heureuse de contribuer à cette fondation avec ce qui me reste de fonds de la divine Providence. Ils seront placés à usure. Notre-Seigneur nous les rendra et pourvoira lui-même à nos autres besoins. »

Au-dessus de la ville d'Alger, sur un plateau appelé Mustapha supérieur, s'élevait une maison précédemment occupée par un chef arabe. Elle fut achetée par le Sacré-Cœur. Enfin, au mois de novembre 1843, cinq religieuses, sous les ordres de la mère Chonez, s'embarquèrent à Marseille sur le Charlcmagne, pour aller porter à notre colonie sa part de christianisme , et lui ofi'rir ainsi le meilleur élément de civilisation, celui qui précisément lui manque le plus.

Du reste, c'était l'univers entier qui semblait, à celte époque, appeler le Sacré-Cœur. On le demandait jusque dans l'empire Birman, et M""" Barat prenait ce projet au sérieux : « Je n'ai pas dit imn tout à fait. Ce qui me plairait, caserait de convertir les idolâtres*! » D'autres postes étaient ofTorls au Pérou, on Américpio, dans la

• I.illre ;i M"' du Itousicr, VA jniiv. el ïli fiv. — A M"' .iVv.im-. 17 janv. 18/i3. Cf. Journal du novicial, 23 fév. 18-'i3.

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