‹ Histoire de Madame BaratChapitre 12 sur 311 · FONDATION A ANNONAY · texte numérisé non relu

FONDATION A ANNONAY

C'est à peine d'ailleurs si le courant des fondations avait été interrompu par les événements. Le 21 octobre, huit jours seulement après sa rentrée à Paris , M""" Barat recevait l'annonce qu'une petite communauté, trèsfervente, très - austère , très -dévouée au Cœur de Jésus, établie depuis trente ans à Annonay, dans l'Ardèche, venait d'être réunie à sa Société. Ellemême avait préparé, traité et accepté cette réunion, car elle avait reconnu dans cette petite famille des signes visibles de prédestination. En l'année 1800, une pieuse fille d'Annonay, nommée Marie Meinier, étant un jour à genoux dans l'église des Pénitents, précédemment chapelle de la Compagnie de Jésus, avait, disait -elle, eu communication qu'en ce moment se fondait quelque part une Société consacrée à glorifier le sacré Cœur de Jésus -Christ. Elle avait en même temps reçu la promesse qu'un jour une maison de cet ordre serait donnée à sa petite ville. Alors une troupe de vierges lui étaient apparues vêtues de l'habit qui fut en effet adopté par le Sacré-Cœur. Deux autres saintes filles, M"*" Marie Décemond, âme d'une forte trempe, et M"® Aimée Brisson, protestante convertie, éclairées des mêmes lumières, prévenues des mêmes grâces, avaient commencé à vivre sous une même règle. De là bientôt naquit une communauté qui se consacra à l'éducation des enfants, dans les petites écoles. Le sacré Cœur de Jésus devint leur grande dévotion. Une des plus saintes religieuses, la mère Augustin, avait entendu, pendant son action de grâces, une voix qui lui disait : « ]\Ia fille, prends racine dans le Cœur de Jésus ! » Sans comprendre encore toute la portée de cette parole, la petite communauté

s'était consacrée, dès 1826, à ce divin Cœur; elle en avait pris le nom ; elle travaillait surtout à se pénétrer de son esprit. Aussi , dès qu'elle connut la Société établie par M"^ Barat, elle se donna à elle comme l'enfant qui reconnaît sa mère et se jette dans ses bras. M""" Prévost, chargée d'opérer la réunion, mandait à sa supérieure : « J'ai trouvé là quatorze religieuses , toutes également heureuses de leur adoption. Elles n'y ont mis aucune ni conditions ni réserves. Leur candeur, leur dévouement, leur cordiale charité, l'extrême délicatesse de leurs sentiments sont le fruit de l'esprit de foi semé dans ces montagnes arrosées des sueurs de saint François Régis. Aussi , en m'en retournant à la Ferrandière, après avoir reçu les ouvertures de ces âmes, je me frappai la poitrine comme saint Antoine quittant saint Paul, et je me dis, à plus juste titre : Malheureuse que je suis, je n'ai pas encore commencé à être religieuse ' ! »

M""" Barat donna pour supérieure à la fondation d'Annonay une sainte veuve, M'"^ Granon, qu'elle estimait propre, non-seulement à cette entreprise, mais encore aux plus grandes charges. Anne-Marie-IIenriette Chauvet avait vu le jour pendant le règne de la Terreur, à Valbelle, dans les Basses - Alpes. Son père, sauvé de la guillotine , après quinze mois de détention, l'avait élevée auprès de lui dans la petite ville de Noyers, où il excrrait la charge de notaire et les fonctions de maire. A Tàge de dix-neuf ans, elle avait épousé un homme qui l'adorait, et elle vivait heureuse

1 p'ondaliun irAunonay. Arcliivcs du ."tf.-C. — El Lettres circulaires, I. I, 1'. isel 10.

MADAME HENRIETTE GRANON 33

dans la ville de Sisteron , au milieu d'une société dont son aménité faisait le charme, quand la santé de son mari vint troubler ce bonheur et lui faire appréhender ce qu'elle redoutait le plus. Souvent, c'est par la brèche que Dieu entre dans les âmes : le malheur ouvrit celle de M""* Granon à l'envahissement de l'amour divin. Elle racontait qu'un jour, se trouvant à table, elle se sentit si violemment embrasée de cette sainte flamme qu'elle fut contrainte de se retirer dans une chambre voisine, oii Dieu lui fit voir une multitude de couronnes, pendant qu'une voix lui disait : « Elles sont destinées à tes filles. » M"'° Granon n'avait de son mariage que deux QUes , mais plus tard elle comprit que celte promesse s'appliquait à sa nombreuse famille spirituelle. Privée de son mari en 1822, tout occupée de ses trois enfants, parmi lesquels était un jeune fils de onze ans, elle attendit 1823 pour entrer comme postulante au Sacré-Cœur de Grenoble, qu'elle édifia par sa douceur, son esprit de pénitence et son application à f'oraison, joints à une sérénité qui n'était pas de ce monde. En 1831, sa fille aînée Rosine la rejoignit au Sacré-Cceur. Ce fut le sujet de cette belle félicitation de M"'" Barat: « Quelle gloire pour vous, ma fille, d'avoir donné une épouse à Jésus-Christ! Et que vous devez vous estimer honorée de marcher à sa suite! car elle vous précédera, elle qui peut chanter le Cantique des vierges et qui doit suivre l'Agneau partout où il ira. Mais au moins ne vous laissez pas surpasser en amour et en fidélité ^ » La recommandation que fit la mère générale à M'"° Granon, en la plaçant à Annonay,

1 La Ferrandière, 17 novembre iS'M.

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