FONDATIONS A ALGER ET EN FRANCE
Nouvelle- Hollande. « J'ai continuellement des assauts de zèle et de regrets, disait la mère générale. Refus ou remise indéfinie est ma réponse habituelle. Hélas! que c'est pénible. Hy a tant d'âmes que l'on pourrait gagner au Sacré-Cœur ^ » D'ailleurs, il faut qu'on le sache, il y aurait une plus longue énumération que celle des fondations acceptées et accomplies par M""" Barat, ce serait celle des fondalions qui lui furent proposées dans toutes les parties du monde, et qu'elle a refusées.
En France, de nouvelles maisons s'élevaient du sein des troubles de la Société : cette ruche si agitée n'en continuait pas moins de jeter de nombreux essaims. Une riche chrétienne de Laval, M"'^ de Beaulieu, qui avait déjà donné sa fille au Sacré-Cœur, lui offrit une maison, destinée particulièrement aux exercices de la retraite pour les personnes du monde. C'était, on s'en souvient, une des œuvres les plus chères à M""" Barat. Le choix de la donatrice se fixa sur un enclos de la paroisse d'i\.vesnières que l'on appelait la Croix. La propriété avait une belle étendue, descendant par des pentes douces au bord de la Mayenne, dont elle n'est séparée que par des quais plantés d'arbres. La mère générale chargea M""" de Lemps de traiter cette affaire : « Encore une croix, ma fille, achetez -nous cetle croix. » Puis quand la chose fut faite : « Dieu soit béni, ma fille, de l'acquisition de cette croix. Le Cœur de Jésus est là pour nous aider à la porter. » Comme pour justifier ce nom et ce présage , de grandes difficultés surgirent pour la Société à l'occasion de cette fondation de Laval. Elles ne découragèrent pas la mère fonda-
1 p^ Muic d'Avenas. Lyon, 8 août 1842.
trice; et au milieu de l'été 1841 , le Sacré-Cœur compta une famille de plus.
Il était rare que ceux qui avaient vu de près l'œuvre de M'"° Barat ne remportassent pas chez eux le désir d'y voir fleurir un rameau de cet arbre béni et si bien cultivé. M. l'abbé Thibault, du clergé de Paris, étant devenu, en 1835, évêque de Montpellier, n'eut pas de repos qu'il n'eût obtenu pour cette ville une fondation que la mère Prévost vint inaugurer en 1841. Diverses supérieures s'y succédèrent rapidement. Mais celle qui dès le début en fut la plus ferme colonne et qui bientôt porta tout le poids de l'édifice, fut M'"'' de Mandon, sainte veuve que Dieu avait conduite au Sacré-Cœur par les mêmes voies qui avaient autrefois amené sainte Chantai à la Visitation.
Anaïs de Lezert, plus tard marquise de Mandon, née au Pont-Saint-Esprit, en 1800, élevée à Paris sous la conduite spirituelle de M. l'abbé Carron, avait montré de bonne heure une supériorité de nature et de grâce qui la prédestina à l'état religieux. Toutefois elle se maria. « Mais on ne peut trouver de paix et de bonheur que là où Dieu nous veut, écrivait-elle plus lard. J'étais appelée à la vie religieuse; je n'ai pas voulu de cette grâce. J'en ai été punie; punie toutefois comme Dieu châtie x:eux qu'il aime, par des peines (pii me cachaient une grande miséricorde*. « Bientôt, l'unique enfant que le ciel lui avait donnée, une petite fille de deux ans, lui l'ut ravie jiar la mort. Ce fut le premier coup. « Le Seigneur, écrivait-elle, a soulevé celle croix sous laquelle je pliais, et je n'en ai plus été écrasée. J'ai fini même par
1 LeUrc i\ sa mère M-" de Lczerl. (V. /.<•//. aun., 1«68, 1869.;
• MzVDAME DE MANDON 2SS
trouver de la douceur à voir cette chère enfant parmi les anges. » Quelques années après, un exprès lui annonce que son mari vient d'expirer, loin d'elle, foudroyé par une altaque de choléra , dans une partie de chasse. Dès lors son parti fut pris. S'arrachant, non sans déchirement, des bras de sa digne mère, M°"' de Mandon, alors âgée de trente ans, entra au noviciat de la rue Monsieur. Elle n'y chercha que le bonheur « d'être iioyée dans la foule », comme elle s'exprimait. « Je suis venue tard au Sacré-Cœur, disaitelle quelquefois, mais je veux faire en large ce que je n'ai pas fait en long. » jVP^ Barat disait d'elle, dès ses commencements : « Ses dispositions me touchent et m'enchantent. J'ai l'espoir que le Cœur de Jésus la destine à faire un grand bien parmi ses petites servantes. » Nommée successivement maîtresse du pensionnat, assistante et supérieure de la fondation de Montpellier, elle consacra sa vie à cet établisssement '.
Un ancien ami de la Société, M^' de Forbin-Janson, appelait le Sacré-Cœur dans la ville de Nancy. Sur ses instances et celles de son coadjuteur, M^ Menjaud, la supérieure envoya, à la recherche d'une maison. M""" Henriette Coppens, qui se fit accompagner par M"*^ d'Erlach. C'était à la fin de mai 1841. La mère Henriette, conduite par la digne et charitable chanoinesse de Gondrecourt, avait erré partout, quand, dans le faubourg Saint-Pierre, arrivée devant la grille d'une maison ancienne, elle voit, au-dessus de la porte, un écusson d'azur portant un sacré Cœur, en-
1 LeUr. annuelles, 1868-1869, p. 120. — Lettre à M-"» de Lézert, 24 oct. 1839.
touré d'étoiles et encadré de lis. Ce lieu, résidence de campagne du général Villate, avait autrefois servi de maison de probation aux Jésuites de Lorraine : on l'appelait Nabécor. Tout près de là s'élevait Notre- Dame-de-Bon-Secours, où reposent le roi et la reine de Pologne, et où se garde le coeur de Marie Leczinzka, la royale propagatrice de la dévotion au divin Cœur de Jésus dans le siècle dernier, a Quel paradis, disait le Père Varin, la première fois qu'il visita ce lieu. Puisse-t-il être toujours aussi un paradis de vertus! » j^jmo Barat l'acheta, et au mois de juillet 1841 elle y plaça comme supérieure une de ses filles les plus chères, la sainte mère Tournier, que l'on avait surnommée « la Présence de Dieu. »
D'autre part, en Italie, M^ Gianotli, évoque de Saluées, implorait une fondation pour cette petite ville : « Depuis qu'on négocie cette affaire, disait-il, je ne puis plus achever ma messe, tant je fais de prières pour qu'elle réussisse. » Il gagna sa cause auprès de M"'° Barat ; <i Je suis au comble de la joio, disait-il alors; les . épouses du Sacré-Cœur vont ranimer le feu de la charité dans le troupeau et le pasteur. » A l'automne de l'année 1842, quatre religieuses de chœur et une sœur coadjutrice y furent installées par la mère du Bousier dans une ancienne maison du manjuis de Saluées. Le calme qui régnait en ce lieu lui fit donner le nom de « Notre-Dame-de-la-l*aix. » M^ l'évèiiue s'en fil le protecteur : « Vous trouverez toujours en moi, dit-il aux religieuses, un père pour vous défendre, un ami pour vous seconder, un serviteur pour vous assister. » On commença par ouvrir d'abord une école externe, »jui devait n-uiplir riisuite irniiMicres vertueuses les aie-
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liers de filature nombreux dans cette ville. Bientôt après, le pensionnat reçut les enfants des premières familles de la contrée , et le sacré Cœur de Jésus fut ainsi connu et servi universellement.
Il y a , près de Venise , une ville qu'ont enrichie les trésors de l'art, de l'histoire, des sciences et les souvenirs de la plus merveilleuse sainteté. Padoue possédait, sous le nom de collège Saint- Louis, une maison d'éducation que l'impératrice d'Autriche , offrit au Sacré-Cœur. Sur les instances de l'évêque, M^ Farina, M"'" de Limminghe y vint, en novembre 1843, mettre la mère Angélique Lavauden à la tête de l'établissement. On dut commencer par le réformer; car quel genre d'esprit le Sacré-Cœur trouvait parmi ces pensionnaires de dix-sept à dix- huit ans, nourries de rêveries romanesques, et se levant la nuit pour aller dans le jardin , exhaler au clair de lune les vapeurs de leur nuageuse imagination! Un prêtre de mérite, le comte Marco Passi, missionnaire apostolique, jeta tous ces esprits dévoyés dans le solide , par une retraite fructueuse. « Ce sont là des miracles du Cœur de Jésus, » répétait-il ensuite. Ce miracle dure encore; et dans l'écroulement des maisons de la Société, que nous aurons à déplorer dans l'Italie presque entière , nous verrons Padoue rester, comme une colonne, debout, parmi les ruines.
Ce fut également à la prière d'un prince de la maison d'Autriche, l'archiduc Ferdinand d'Esté, que M"'° Barat envoya dans la ville de Lemberg , en Gallicie , une première colonie sous la conduite d'une polonaise, M°'® Dziekonska. Peu après, elle fit partir de Paris, pour cette destination, la mère Marie de la Croix. « On