SON PIEUX SÉJOUR A ROME
s'occupade l'a me de cha cune d'elles. On remarquait surtout sa tendre charité pour une jeune postulante, Marie O'Mahony, élève de Montet, qui était venue demander, inutilement, hélas! au climat de l'Italie la guérisonde sa poitrine. Souvent la mère Barat, bravant la défense des médecins, s'échappait de sa chambre et montait à l'infirmerie. Là, elle s'asseyait au chevet de son angélique enfant, la soignait, l'encourageait en lui parlant du ciel. Elle-même la prépara à son dernier sacrifice. « Mais, ma mère, suis- je digne de paraître devant Dieu? lui demanda Marie; ai -je fait assez pour Lui?» Elle lui disait encore : « Que je suis heureuse, ma mère, que vous vous trouviez ici ! » M™° Barat lui d. nna l'habit du Sacré-Cœur, reçut ses vœux de religion, et recueillit son dernier souffle, qu'elle exhala vers Dieu le 28 février 1845 ^»
La Trinité-du-Mont, où elle passa le printemps, fut également pour M™" Barat un séjour de grâce. Elle s'entourait des enfants, se réservant le titre de maîtresse générale, les instruisant, les surveillant avec une condescendante familiarité. On cite aussi sa bonté pour une chèvre malade, qui ne voulait recevoir de nourriture que de sa main, et qui, par reconnaissance, montait elle-même à la chambre de sa bienfaitrice quand celle-ci était souffrante, cherchant à s'approcher du visage vénérable de la servante de Dieu. Il semblait aux témoins de ces scènes familières qu'à mesure que M""" Barat s'élevait en sainteté , elle recouvrait l'empire que l'homme encore innocent possédait sur tous les êtres de la création ^
1 Circul. des défuntes, t. II, p. 392.
2 M"" Perdrau, Mes souvenirs sur noire mère générale, p. 2 et 30.
C'est aussi à cette époque que la mère générale vit naître une œuvre d'art qui devait devenir chère au Sacré-Cœur. Parmi les postulantes qu'elle affectionnait le plus était M"° Perdrau, venue à Rome, croyait-on, pour y perfectionner son talent 'de peinture, mais que son goût pour le Beau suprême avait bientôt portée ù se consacrer à Dieu. Obéissant à un désir de sa supérieure, elle eut l'inspiration de peindre, sur une des murailles du monastèi»e, Marie adolescente, travaillant dans le parvis du temple de Jérusalem. Elle la représenta humblement recueillie, assise sous un portique à l'entrée de la campagne, ayant près d'elle un lis, sa quenouille, son livre, et tenant le fuseau. C'était la vie de pureté, de prière et de travail, c'est-à-dire tout l'esprit, toute l'œuvre du Sacré-Cœur représentés dans le type de la Vierge des vierges. Empreinte d'un grand cachet de simplicité, et rappelant par son expression calme et religieuse les œuvres des anciens maîtres des écoles monastiques, cette fresque est moins le produit d'un art consommé que le fruit exquis de ce spiritualisme qui fait du corps la vivante transparence de l'àme. Tout y respire l'innocence, l'humilité, la piété. C'est le /los agri et le liliu})i campi dont parle l'Ecriture. Le nom de Mère admirable fut donné à cette image qu'ont reproduite toutes les maisons du Sacré-Cœur, et qui maintenant répandue dans l'Eglise entière, enrichie à Home d'indulgences spéciales, visitée et vénérée par le Pape lui-même, a mérité de devenir l'objet d'une dévotion (pli conduit à ses pieds un grand nombre des pieux pélciins de la vilh' sainte.
Tout ce séjour avait été un temps de maladie pour la mère IJarat. i-^lle s'en consolait par le voisinage de