‹ Histoire de Madame BaratChapitre 127 sur 311 · L'ADIEU DE GRÉGOIRE XVI · texte numérisé non relu

L'ADIEU DE GRÉGOIRE XVI

Notre-Seigneur, que Grégoire XVI avait perrnis de placer près de sa chambre, d'où elle pouvait entendre la messe chaque matin. Un jour le cardinal Lambruschini lui apportant une petite miniature de Notre-Dame des Douleurs, lui ordonna formellement de demander sa guérison par l'intercession de cette divine Mère. Ayant été exaucée, M"'® Barat prépara son départ de Rome.

Ce ne fut pas sans tristesse que, le 23 mai, elle alla, prendre congé du Vicaire de Jésus-Christ. Grégoire XVI avait quatre-vingts ans. La mère Barat pressentait que pour ce vieillard la mort n'était pas loin; elle disait en sortant : « Oh 1 je ne le verrai plus ; lui si vieux ! moi si loin de Rome! » Elle entra à Saint-Pierre et se mit à genoux devant la Confession : ses larmes arrosaient le pavé. Cependant, le Pape lui avait dit pour adieu : « Nous nous reverrons! » Mais était-ce dans ce monde? Grande fut donc sa surprise, quand le samedi 31, se trouvant à Sainte- Rufine, elle apprit que Grégoire XVI était à la Villa-Lante, où il la demandait. Elle ne put que se prosterner à ses pieds. L'émotion la brisait. Elle fut bénie , consolée , exhortée de nouveau par le Souverain Pontife. M""" Barat ne devait plus le revoir.

Elle partit le 10 juin pour retourner en France, en visitant Lorette et les maisons d'Italie. M""®" de Limminghe et Cahier, M"** Perdrau, qui venait de prendre le voile , et une sœur coadjutrice , voyageaient avec elle. On allait à petites journées, dans un lourd voiturin , que des bœufs aux pas lents remorquaient dans les montées. Ce fut un voyage semé d'incidents de tout genre. Un matin, la voiture descendait, sous un beau ciel, la riante vallée de Spolette; on apercevait

au loin la colline qui porte Assise; et la mère générale, après avoir récité les litanies de la sainte Vierge, entrait dans son oraison, quand tout à coup une voiture pleine de religieuses survient, barre le chemin, et demande la mère générale du Sacré-Cœur de Jésus. C'était un détachement des Pauvrettes d'Assise. Ces filles de saint François, instruites précédemment par j^jue Perdrau à connaître la mère Barat , récemment encore comblées de ses charités, s'étaient un moment bercées de l'espérance de la recevoir dans leur pauvre cou- • vent. Du moins, elles avaient voulu venir saluer au passage leur sainte bienfaitrice. La supérieure, nommée mère Veronica, et quelques-unes de ses filles, firent route dans la voiture de M""^ Barat jusqu'à Foligno. Là , la mère générale les traita dans un repas digne des agapes antiques. L'entretien fut tout en Dieu. M'"' Barat disait : « Savez-vous, ma sœur, pourquoi je ne suis pas allée à votre maison du Lys? — tel était le nom du couvent — c'est que je n'aurais pas eu la force d'en sortir! ce serait pour moi le paradis sur terre! » Elle parla ensuite de l'Église et de ses douleurs; des amertumes, dont la France et l'Europe abreuvaient le Cœur aimable de Jésus; de l'institution et de la mission de sa Société; du grand sacrifice qu'elle faisait à Dieu de son attrait pour la vie de solitude et de pauvreté; enfin, de l'union des cœurs dans le Cœur de Jésus. On conclut un traité d'alliance entre le Sacré- Cœur et le couvent du Lys : « Nous désaltérerons nos âmes, leur dit M"*" Barat, à la source de paix et d'amour cpii coule au (iiylio; vous aurez, les mains élevées vers le ciel sur votre montagne, pendant que nous combattrons dans la poussière de la plaine, et

Page 1