‹ Histoire de Madame BaratChapitre 131 sur 311 · LA MAISON DE CONFLANS · texte numérisé non relu

LA MAISON DE CONFLANS

visitée, elle avait été frappée à la vue d'une gerbe de blé sculptée sur la porte de la petite salle d'étude , avec cette inscription : Spes messis in seminef « Voyez-vous, mes bonnes filles, disait-elle à ce propos, il semblait que Notre-Seigneur vous destinait, vous aussi, à être une semence , de laquelle son Cœur attend une abondante récolte '. » C'est également alors que, considérant du haut des jardins la rivière sillonnée de bateaux, elle dit humblement à M'"** de Gramont : « Gela me rappelle le temps où pour la première fois j'arrivai à Paris, par le coche de Joigny, en petit pierrot d'indienne. Je passai devant cette maison. Qui m'aurait dit alors que je l'achèterais un jour, au nom de la Société 2 ? »

M""*" Barat l'avait donc achetée. Ce qui l'y attirait d'abord, c'était le calme et la simplicité champêtre qui y régnaient : « Conflans, écrivait- elle, sera le lieu de mon repos. » Et précédemment, à une des maîtresses de l'orphelinat : « Vous habitez Conflans ; je prie le Cœur de Jésus de vous y visiter et de vous incliner à profiter de cette délicieuse solitude, pour vous attirer de plus en plus au recueillement et à la vie intérieure. Dites donc maintenant, ma fille, avec le prophète : Qui me donnera les ailes de la colombe, et je volerai, puis je me reposerai. Mais, hélas! le temps du repos n'est pas venu pour moi \ »

M'"'' Barat souhaitait, en outre, pour le noviciat, une maison modeste , et dont la pauvreté répondît bien à l'esprit de l'Institut : « Si jamais nous devons prendre

1 Journal ISoO, IG juillet.

2 Doc. n» 66.

3 A M""= de Clause!, 26 sept. 1836.

une autre maison, écrivait -elle à M""* Eulalie de Bouciiaud, ah! de grâce, qu'il n'y ait que les murs blanchis et les meubles les plus simples. Comprenez-le, ma fille, point de miséricorde sur ce dont nous pouvons nous passer sans souffrira » Elle disait encore : « Je désire que ce noviciat soit le modèle de tous les autres par la pauvreté, et je vous avoue que c'est beaucoup dans cette vue que je vous ai désirée à Conflans. Notre-Seigneur ne nous bénira que lorsque nous aurons l'amour et l'habitude de cette sainte vertu -. »

Certes, les vieux bâtiments du Conflans d'alors ne répondaient que trop à ces vues de la sainte mère. La maison était petite , mal construite et nue ; mais les jardins étaient grands. Ils étaient partagés dans toute leur longueur par une belle allée de marronniers. Sur le penchant de la colline descendait un petit bois dont les détours conduisaient à des oratoires champêtres, des représentations sacrées , des calvaires et des portiques ornés d'inscriptions bibliques. « Vous serez là moins à l'aise qu'à la rue Monsieur, mais plus sainement et plus religieusement, écrivait M'"" Barat à la même maîtresse. Et puis, la solitude! Il est si doux de ne voir que Jésus et ses images; puis les ouvrages de Dieu, la grande nature ! Ah ! cjuc je voudrais déjà m'y trouver. Mais non , je ne sais ce que je souhaite , car là, comme ailleurs, les soucis sauront bien m'alleindre. Ne désirons donc que le bon plaisir de notre bon Maître: c'est le seul moyen d'être en paix ^ >

Ce fut le 2'.» mars 18'i2 (jue M'" Angebault , évèque

1 Home, 22 oct. 1839.

2 Turin, \l> oclobrc 18il. % ■.\ l^piiif, 2 Jivril i8'i2.

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