‹ Histoire de Madame BaratChapitre 132 sur 311 · TRANSLATION A CONFLANS · texte numérisé non relu

TRANSLATION A CONFLANS

nommé d'Angers, célébra la messe, pour la dernière fois, dans la petite rotonde de la rue Monsieur. Telles furent les paroles qu'il laissa aux novices : « Jésus le bon Pasteur quitte aujourd'hui ce bercail pour en établir un autre. Suivez-le où il ira! Soyez ses brebis fidèles; ne vous écartez pas pour errer au gré de votre indépendance : la dent du loup vous saisirait. Union, docilité, fidélité, confiance : c'est la vie du troupeau : il n'y en a pas de meilleure pour vous ^ »

M""*" Barat donna à la nouvelle maison le nom de Béthanie, en souvenir de la bourgade où Marthe et Marie recevaient le Seigneur-. Elle se félicita aussi de lui procurer un aumônier selon Dieu , dans la personne do M. l'abbé de Laforèt, aujourd'hui curé de Saint-Hilaire de Poitiers : « Combien, écrivait-elle, nous devons remercier Dieu de nous avoir donné M. de Laforèt! Espérons qu'une fois installé nous le garderons ^ »

L'installation complète coïncida heureusement avec l'ouverture du mois consacré à la Pieine des vierges. Ce jour-là, les novices recueillirent avidement la parole d'un jeune prêtre d'une grande éloquence, dont leur journal ne sait pas encore écrire le nom. C'était M. l'abbé Pie, vicaire général de Chartres. Le futur évoque de Poitiers commençait à épancher, par la prédication , ce fleuve de doctrine qui , depuis lors , n'a cessé de couler si pur dans l'Église de France. Deux jours après , 3 mai, second jour des Rogations, une procession réparatrice parcourut, au chant des prières liturgiques, les jardins de Conflans, qu'avaient profanés, douze ans au-

1 Journal du noviciat, 20 mars 1841 , p. 143.

2 Rome, 2o avril 1842.

3 Rome, 18 fév. 1842.

paravant, les blasphèmes cl les ravages de la Piévolulion de juillet : « C'est une belle prise de possession, écrivait M"" Barat à la supérieure. Vous finirez par goûter beaucoup cette solitude. Puissc-je en jouir avec vous ! » Enfin, le Père de Piavignan vint, par sa grave parole, mettre les novices dans l'esprit religieux. «Aujourd'hui, leur disait-il , tous les cœurs sont fermés à Jésus-Christ : mes sœurs, ouvrez-lui les vôtres. Jetez-vous tout en lui.» Il disait encore : « Laissez tomber, laissez passer. Jetez sur votre âme un pont, du haut duquel elle voie tranquillement s'écouler le flot des choses humaines sans s'en inquiétera »

Tel était l'état de Conflans, lorsque, à son retour d'Italie, M""" Barat, encore dans l'anxiété de l'affaire des Décrets, y arriva le 20 novembre 1842. On attendait ce retour pour la bénédiction de la première pierre d'une belle chapelle gothique; ce qui se fit solennellement, le 9 décembre, lendemain de l'immaculée Conception de Marie. A partir de cette époque , elle résida au noviciat, où elle se reposait des luttes douloureuses qu'elle soutenait à Paris; et à côté de la patiente, de l'héroïque mansuétude déployée dans les luttes (jue nous avons décrites, c'est un autre spectacle, bien admirable aussi, que celui de la bonté calme, souriante, joyeuse, qui, à Conflans, s'épanchait sur toute créature.

Comme nous l'avons déjà vu à la Villa- Lanle, là M'"" Barat aimait la campagne, ses travaux, et elle en lirait d'utiles leçons pour ses filles. Ainsi , au mois de mai de l'année 18'i3, les novices ayant entrej)ris d'émouder un certain champ il'avoine où les

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