SA VIE CHAMPÊTRE A CONFLANS
mauvaises herbes avaient poussé si pressées qu'il en était tout jaune, la mère générale vint se joindre aux travailleuses. Mais bientôt une forte pluie les força de rentrer dans la salle commune. La mère Barat, les voyant réunies autour d'elle , en prit occasion de leur apprendre à émonder le champ de leur âme. Une autre jour, admirant les arbres qui poussaient leurs premiers bourgeons : « Dieu leur a dit une fois de croître et de multiplier. Ils obéissent ; il n'y a que nous qui n'obéissons pas à la parole de Dieu. » Un pommier fleuri lui faisait dire aux novices : « Vous devez, comme ces fleurs, être blanches par la pureté, vermeilles par la charité. » Mais elle avertissait leurs âmes de ne pas se fier à la douceur des premiers rayons du ciel ; car, après la première ferveur, vient la gelée de l'épreuve, et seules les âmes qui y résistent peuvent porter des fruits^
Sa bonté s'étendait à tout ce qui respire : elle aimait les animaux, elle les visitait, elle les protégeait. Son arrivée à Conflans était une sorte de jubilé pour toute la basse-cour : le chien était détaché, la chèvre élargie, les poules visitées, les moutons rendus aux champs ; puis, souvent, tout ce peuple faisait cortège à la servante de Dieu. Un jour, un bon voisin ayant eu l'attention de renfermer un chien dont les aboiements troublaient le sommeil de M""® Barat, celle-ci craignit un moment qu'on ne l'eût mis à mort. Elle voulut voir l'animal pour s'assurer du contraire, et elle récompensa gracieusement le maître qui en avait eu soin '^.
Son zèle s'intéressait aux événements du dehors.
1 Journal du noviciat, 16 mai 1843, et passim a Journal , 6 juin 1843, p. 6 et 7.
Elle aimait les pécheurs , et elle voulait qu'on les aimât pour les convertir. Un jour de carnaval, pensant aux crimes des hommes : « Ah! dit-elle à ses novices, c'est à vous de dédommager le Cœur blessé de Noire-Seigneur. Vous ferez Vheure sainte devant le saint Sacrement; et là, chacune de vous s'acharnera à une âme jusqu'à ce qu'elle l'ait obtenue de Jésus- Christ. ' » La nouvelle de l'afîreuse catastrophe arrivée sur le chemin de fer de Versailles en 1842 lui arracha ce cri : « Mon Dieu 1 on est saisi à la pensée de cette mort cruelle.., et l'enfer est bien pis. Puis la mort n'est qu'un moment. Mais l'éternité!... Ah! comme nous devrions apprécier une vocation qui nous appelle à retirer les âmes de ce malheur! Serions-nous si lâches si nous y pensions -? « Apprenait-elle quelque faute, quelque infidélité : « Ah! s'écriait-clle, quel mystère que l'homme! Et comment Jésus- Christ a-t-il pu nous aimer avec tant de misères? Sans sa grâce, nous serions pires que les autres. Lorsque je rélléchis à tant d'indifférence, je conçois l'enfer^. »
On construisait alors, à proximité de Conllans, les fortifications de Paris; le fort de Charenlon avait une garnison, dont le salut intéressait la mère générale. Elle faisait instruire les soldats par les aumôniers, les recevait à la chapelle, et les envoyait faire, sans respect humain , leur première communion à l'église de la paroisse. Plusieurs furent admis à la Confirmation dans la chapelle de Conllans : a Tout s'est bien passé, écrivait à leur sujet M"'" Harat. Élèves et soldats ont
• Journal , 13 fcv. lHi3.
a A .M"' Lui. (le Bouchaud, 27 mai 18-42
•1 A In mi'iiie , 17 janv. 1HV2.