SES CONFÉRENCES A CONFLANS
fection. » Elle dit une autre fois : « tienri IV reprochait au maréciial de Lesdiguières d'avoir laissé élever par le duc de Savoie le fort des Barraux qui menaçait la France. — « Je le sais, dit Lesdiguières; mais, sire, attendez un peu. Je ne l'ai laissé bâtir que pour le prendre et en faire un rempart aux États de votre Majesté. » — Mes chères filles, un défaut est un fort que l'ennemi possède contre nous. Pour nous en rendre maître , il faut le miner en dessous : c'est par l'humilité que nous entrerons dans la place. Hâtons -nous de la prendre ^ »
Souvent les entretiens de la récréation avaient lieu dans une salle circulaire de verdure, appelée la salle des Apôtres. Les novices se rangeaient en rond autour de leur mère, de manière à ce qu'aucune ne fût privée de la voir, car tout parlait dans la personne de M""® Barat. c( — Il y a déjà huit jours que je n'ai eu le plaisir de causer avec vous , commençait -elle par dire ; comme le temps s'envole rapidement au Sacré-Cœur! Ainsi passera la vie, mais nos bonnes œuvres resteront! » Ces mots étaient l'exorde à des conversations trèsanimées, très- gaies; car M"'° Barat estimait que la joie humaine est un hommage magnifique rendu à la bonté de Dieu : « Il faut bien nous habituer à nous réjouir dans le Seigneur, disait l'aimable mère, puisque nous ne ferons pas autre chose pendant l'éternité. Disons des joyeusetés, pourvu que lo fond en soit toujours de 'Notre-Seigneur. » Sa présence était une fête. Les jours de grand congé, on ne pouvait se séparer
1 Conf. sur les Vertus solides, 7 fév. ISiS. — <i Ascendamus etiam post Chrislum per vilia et passiones nostras. De vitiis nostris scalam noljis facimus: sic vitia ipsa calcamus. » (Aug., Serrn. 3 de Ascens.)
d'elle; c'clait interminable : « Heureusement, disaitelle, que nous avons aujourd'hui la cloche dans notre poche. ■» Un jour de premiers vœux, elle arrive, pendant la récréation, vers ses nouvelles filles : « Je viens voir les épousées, dit-elle gracieusement. C'est un bien beau jour pour vous, mes bonnes enfants ! Vous n'avez plus rien à attendre ici-bas que la seconde profession , la troisième sera au ciel... Allons! comme saint Paul, oubliez désormais tout ce qui est par derrière , et ditesvous chaque matin , avec les Pères du désert : C'est aujourd'hui que je commence ' ! »
On le comprend : celte direction simple, droite et gaie des novices, excluait l'illusion de certaines voies prétendues extraordinaires. Parlant d'une sœur sujette à ces illusions : « Elle prétend parfois que Notre- Seigneur lui parle, disait M'"° Baral ; nous nous en moquons et la bourrons quelque peu, car c'est pure imagination : nous la mettons ainsi à la raison*. » ^me Barat^ toutefois, ne parlait des vraies faveurs et communications que Dieu fait à quelques âmes, qu'avec une foi humble et respectueuse. Elle écrivait, à la fin de 1839 : « Je ne crois pas que Notre-Seigncur nous confie ces dons extraordinaires : il en trouverait peu, chez nous, d'assez simples et d'assez humbles pour les conduire par cette voie. Je ne la demande pour aucune, car on pourrait en abuser. C'est une perte pourtant; mais je préfère l'humilité : à ce point de vue encore, nous avons de forts motifs de ne nous en départir jamais^ ! »
(Je sage discernement parut bien dans la conduite