SA DIRECTION DES NOVICES
cVune sœur dont le nom devenu célèbre mérite de trouver place dans celte histoire.
Au mois de juin de l'année 1844, se présenta, à Conflans, une postulante de vingt-deux ans environ, qui arrivait de son village de Mimbaste, près de Dax. Elle s'appelait Marie Lataste. C'était une simple paysanne des Landes, habituée dès l'âge le plus tendre aux travaux de la campagne, élevée dans la piété et dans l'exercice d'une charité traditionnelle en la patrie de saint Vincent de Paul. Elle avait passé par de rudes tentations et des épreuves intérieures qui avaient laissé leur empreinte sur ses traits; mais, le combat fini, Dieu s'était emparé en vainqueur de cette âme, il l'avait envahie de sa lumière et de sa grâce; et depuis la fin de l'année 1839, Marie Lataste était, avec Jésus -Christ, en communication extraordinaire. Nous n'avons pas ici à nous prononcer sur le caractère des révélations de la sœur Marie Lataste, telles qu'elles ont élé publiées depuis. Elles sont d'autant moins de notre sujet , qu'elles ont toutes précédé son entrée au Sacré-Cœur, et que nous ne trouvons nulle part, à cet égard, la pensée bien arrêtée de ^jme Barat^ Elle écrivait seulement à la mère Eugénie
1 Voici ce qu'elle écrivait à M""= de Limminghe le 13 février 18G3 : « Une ligne sur Marie Lataste: vous avez tort, ma fille, de vous reprocher vos pensées sur son livre; nous sommes en droit d'examen et de jugement; et dès que la première autorité n'a pas prononcé, nous pouvons émettre nos appréciations. Sans doute ces révélations sont étonnantes sous quelques rapports...; je n'aurais pas osé les livrer au public s'il avait dépendu de moi. Mais, ma fille, laissons le jugement de ces choses extraordinaires à ceux qui ont le droit de prononcer; et prenons-en, si nous voulons, ce qui peut nous éclairer et nous édifier. Je pense que vous avez reçu la recommandation de ne communiquer ce livre, parmi les nôtres, à aucune de celles dont la piété solide et éclairée ne vous serait pas connue, et dont les imaginations s'enflammeraient aisément. »
294 HISTOIHE DE MADAME liARAT
de Gramont, le 12 mai 1844 : « Le Père Cagnard m'a parlé d'une postulante sœur, que vous connaissez déjà; et il a ajouté qu'il croit qu'elle pourra nous convenir, malgré la voie où elle est, et qu'elle a un très-bon esprit. » Ce bon esprit rassura sa maîtresse des novices , à qui M"'' Barat donna des instructions sur la conduite à tenir avec de telles âmes. On lui fit prendre le chemin commun de l'abnégation, de l'obéissance, de l'esprit de sacrifice : elle y était préparée par ses dispositions, selon qu'elle écrivait dès 1842 : « J'ai faim et soif de souffrances et de tribulations. Viendront-elles? Je n'en sais rien. Si je n'ei\ ai point, ma souffrance sera de ne point souffrir, et mon martyre sera de n'être point martyrisée. » Bientôt Marie Lataste devança toutes ses sœurs sur le chemin de la croix. « Oh! qu'il fait bon savourer les humiliations! écrivait-elle pendant son séjour au noviciat; que le goût en est exquis! Sans les désiver ni les chercher. Dieu merci, j'en rencontre souvent. Elles sont d'autant plu> délicieuses qu'elles sont moins volontaires. »
Au sein de ces épreuves, Conflans devint pour elle un séjour de félicité, comme elle l'écrivait : « Qu'il fait bon vivre en communauté, où l'on n'a qu'un cœur et qu'une âme pour aimer Dieu et le servir fidèlement, où l'on a sans cesse de bons exemples sous les yeux, et où l'on entend les paroles de feu qui sortent de la bouche de nos très-dignes mères; où enfin tout, jusqu'aux récréations, est propre à allumer et entretenir la ferveui'V » 11 ;iniva aussi tju'à cette école simple, forte et douce, hi nature de ses rapports avec
1 A M. le curu (le Miiiibaslc. Conflans, 2 jonv. 1tJi"<.