SON VOYAGE DANS LE MIDI
Oubliant son état d'infirmité et d'impuissance , elle allait raffermir ses maisons du Midi ébranlées ou me nacées par les événements, semer des fondations nouvelles sur son passage et embraser les âmes des flammes des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. Ses lettres éclairent sa route d'une vive lumière. Elles sont tout en Dieu; et, par un beau contraste, tandis que, chez elle , le corps peut à peine se traîner à terre , l'âme plane dans le ciel.
]\jme Bapat s'arrêta d'abord à Orléans, où M'' de Beauregard, alors plus qu'octogénaire, la pressa beaucoup de lui accorder une maison de sa Société. « Notre ami d'Orléans, écrivait-elle alors à la mère Grosier, pense à nous attirer dans sa ville épiscopale. Nous ne le pouvons pas encore, et il nous faut attendre. »
Tours, où elle fut ensuite, ne lui sembla pas davantage mûre pour un établissement. Elle se rendait de là vers Lyon par Châteauroux quand , en traversant cette dernière ville, une troisième chute sur son pied malade faillit l'arrêter presque au début du voyage. Elle le continua quand même. « Je n'y ai fait d'abord aucune attention, quoique j'en souffrisse beaucoup, » écrivait l'énergique mère. Puis gaiement, elle ajoutait : « J'ai eu quelquefois la pensée que c'était le diable qui me poussait par-ci par-là pour me faire tomber. Gela prouve trop bien que je n'ai guère d'empire sur lui. Priez donc que je le domine pour moi et pour les autres ^ »
Près de Lyon , autre incident. Elle était presque aux portes , lorsque arriva la nouvelle qu'une terrible insurrection venait d'y éclater. Il fallut s'arrêter à
1 A M™-: de Limminghe. Lyon, 3 décembre 1831.
Tarare. « Que cette halte m'a été pénible ! 'écrivait alors cette mère alarmée. Que d'inquiétudes sur Lyon, sur Paris, sur tout ce qui m'est cher! Il faut sans doute tout remettre entre les mains de Dieu. Mais que je souffre d'être si loin en de pareilles circonstances ! »
Pendant ce temps-là, le canon se faisait entendre sur les hauteurs de Lyon. Quarante mille ouvriers réduits à la famine par le chômage forcé, excités par les meneurs du parli démagogique et les apôtres de la jeune secte saint- simonienne, étaient descendus dans la rue en criant : « Du travail ou la mort! » Après une lutte meurtrière, les troupes régulières durent évacuer la ville, qu'elles laissèrent en proie au socialisme victorieux. Ce n'était que le prélude des obstacles de tout genre qui allaient intercepter cet itinéraire de M"'* Barat.
Ce fut le 24 décembre, après la victoire du maréchal Soult et du duc d'Orléans, que M""" Barat put entrer à Lyon. Elle y apparut au milieu de ses filles comme l'ange de la paix. Elle qui avait une si grande frayeur des émeutes, ne se trouvait pas plutôt en présence de la mêlée, qu'elle n'y faisait plus paraître que son calme, sa force d'âme, sa confiance joyeuse. « Mes sœurs, écrivait -elle en parlant de l'entrée de ses compagnes à Lyon, mes sœurs ne s'attendaient pas à la réception que nous y avons eue : tocsin, canon, fusillade et tout ce qui s'ensuit. » Toujours indulgente, surtout pour les malheureux, elle écrivait encore : « Les ouvriers ne voulaient que de l'ouvrage et du pain ; on aidera l'industrie, c'est tout ce qu'il faut à Lyon. » Puis, plaçant les esprits au-dessus (\o<. frayeurs cpie les pessimistes