L'INSURRECTION DE LYON
ne manquent jamais de semer en de pareils temps : « Les peureux craignent toujours que ce calme ne dure pas. Pour nous, remettons-nous-en à la divine Providence et à la tutelle de Marie : nous sommes entre ses mains ^ »
Il y avait donc alors une grande perturbation dans les esprits. On dirait, par instants, comme Gerson s'en plaignait déjà autrefois, que le monde en est venu à Celte faiblesse sénile qui a besoin de se repaître de chimères, d'illusions et de songes délirants ^ Affolées de terreur, tremblantes devant l'avenir, des têtes mal faites en cherchaient le secret dans cette confusion de prophéties apocryphes qui, sans cesse démenties, n'en ont pas moins le don de séduire sans cesse les imaginations , ingénieuses à leur faire dire tout ce que bon leur semble. On y menaçait Lyon des dernières extrémités : à telle date -qu'on fixait la ville serait brûlée, les prêtres massacrés, les églises en cendre, les murailles en ruines. Ces abaissements du bon sens, ces corruptions de la foi indignèrent la rehgion raisonnable et solide de M""® Barat. « Quel siècle d'imagination que le nôtre! écrivait -elle à M""" de Gramont; si j'avais le temps de vous raconter tous les fagots de dévotes, vous en ririez de pitié. Ce sont de vraies folies! » — Et dans une autre lettre : a La tranquillité paraît tout à fait remise à Lyon. Les prophéties disaient que les troubles
1 A M™« de Gramont, 4 décembre, et à M"'= de Limminghe , 10 décembre 1831.
2 •' In hoc senio seculi , in bac bora novissima, in prsecursione antichristi, mundus tanquam senex delirus pbantasias plures et illusiones somniis similes pati habet , etc. (Gerson. Tract, de distinct, verarura viaionum n fnWii.
recommenceraient les 15, 16 et 17. Comme de coutume, elles ont trompé les crédules, mais non pas votre mère, qui se renferme dans son Credo. Je pense que c'est le plus sage^ »
Ce moment si difficile, cette ville si troublée, cette société si terrifiée, étaient pourtant le moment, la ville et le milieu dont le Seigneur avait fait choix pour engendrer la première famille de ces femmes fortes que M""" Barat appelait de ses vœux, et dans lesquelles elle voyait l'espérance du monde.
Depuis quelques années , il existait à Lyon , sous le nom d'Enfants de Marie, une association d'anciennes élèves du Sacré-Cœur, auxquelles s'était joint un certain nombre d'autres personnes de la même ville. Celle qui les avait groupées et qui les dirigeait était la maîtresse générale du pensionnat de la rue Boissac , M'"*' Edmée Lhuillier, nièce du Père Druilhet. Issue, comme son oncle, d'une famille d'Orléans, comme lui instruite et pieuse, possédant également une trèsremarquable puissance d'attraction, elle avait pris pour devise cette parole de M"® Barat : « Une religieuse du Sacré-Cœur doit èlre le trait d'union entre les âmes et Dieu. » Cependant, à l'arrivée de la mère générale, son œuvre n'était encore qu'un petit noyau; mais l'œil de JM""" Barat avait déjà saisi ce que ce germe pourrait produire, sous la bénédiction de Dieu et de Marie.
Elle demanda au Père Druilhet de donner à l'association les statuts qui, aujourd'hui, la régissent encore. « Aider les jeunes filles et les femmes du monde à persévérer dans la foi, dans la piété, dans la charité et
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