FONDATIONS EN ESPAGNE, EN FRANCE
établissement. Une grande maison fut bâtie dans un faubourg, au sein d'une large campagne, sur un plateau qui domine la plaine environnante. La mère Thérèse Maillucheau y arriva le 15 mars 1846, avec deux religieuses. « Venez, mes chères filles, leur dit l'archevêque en les recevant chez lui; vous serez la bénédiction de ma maison et de mon diocèse. » M'"^ Barat eût souhaité que les constructions dirigées par l'archevêque fussent moins monumentales; mais la volonté de M^ Dupont fut une loi pour elle, et elle écrivit : « Accordez à Monseigneur l'augmentation qu'il demande. Nous prierons et nous mériterons, par notre fidélité, que cette maison se remplisse d'âmes à gagner au Cœur de Jésus. »
A Rennes, ce fut aussi à la demande de l'évêque, M^ Brossais-Saint-Marc, et sur l'initiative de M. l'abbé Carron, que le Sacré-Cœur s'établit, en 1846, dans une modeste maison entourée de jardins : on l'appelait Bégasson. Une des premières sœurs qu'on y envoya fut Marie Lataste. Elle écrivait de là : « Mon cœur est heureux ; il ne désire rien que ce qu'il possède. Je trouve le bonheur au pied de la croix et dans le Cœur adorable de Jésus. Je suis heureuse, et mon bonheur est celui de toute âme qui vit en religion... Tout le reste ne m'est rien^ »
Cependant la Société avait peine à se consoler d'avoir quitté Grenoble. Depuis son départ de Sainte-Maried'en-Haut, le plus grand pensionnat de la ville était tenu par une fraction des Dames de Saint- Pierre, qui ne s'était pas encore ralliée au Sacré-Cœur. En 1846, leur
1 Œuvres de M. Latasle, t. I", leUres 58 et 59, 2-= édition.
supérieure, M""'' Alexandrine Guillambeau, sollicita la réunion, qui fut enfin conclue. M"'" Barat écrivit à cette occasion: « Nous avons accepté , étant persuadée que notre chère Louise de Bourcet a elle-même négocié cette affaire dans le ciel : elle la désirait tant! » La maison ainsi cédée au Sacré-Cœur était celle de Montfleury, assise sur l'emplacement de l'antique château des comtes de Dauphiné, et d'un ancien couvent de religieuses Dominicaines, fondé par Humbert IL Appuyé sur les monts Rochais et Saint-Eynard, plongeant de là sur la ville et sur la profonde vallée du Grésivaudan, dominé par les cimes escarpées des Alpes, Montfleury est un des sites les plus magnifiques de la Société; et il eût pu consoler de la perte de Sainte-]\Iarie, si la grandeur des lieux pouvait entrer en balance avec la religion des souvenirs. On en prit possession le 19 septembre 184G. C'était ce même jour, presque à la môme heure, qu'une montagne voisine, celle de la Salette, recevait la visite de la Mère des douleurs, et devenait ainsi célèbre dans le monde entier.
Une fondation éloignée, celle de Gralz, en Styrie, fut due, dans le même temps, à la persévérance de M^ Zangerle, prince évèque de cette ville, et à la munificence d'une noble chrétienne, M"'-' NostI, qui entra elle-même momentanément au postulat de Lemberg, dans le seul but de favoriser cette fondation. M"' Béatrix Schneider, une grande et belle ûme , fut donnée pour supérieure à cet établissement, qui rcLUcillit dans le juiys l'héritage de vénération qu'y avait laissée la mémoire du Père de Tournely.
Nous ne ferons (jue mentionner l'appel (jue le Sacré- Cœur recevait de la Syrie, de l'extrèn^e Orient, de