MENACES DE PERSÉCUTIONS
De profonds bouleversements justifièrent les craintes de M""® Barat. Ce n'est pas sans doute ici le lieu d'en faire le récit; mais il peut être salutaire de voir les événements qui nous ont tant émus, appréciés par un tel juge, et envisagés de haut parle regard d'une saiate.
La religion avait devant elle deux ennemis. D'une part, les gouvernements lui déclaraient la guerre, au nom d'un libéralisme contre les excès duquel ils croyaient aveuglément se protéger eux-mêmes, en lui abandonnant rÉglise comme une proie. D'autre part, la démagogie attaquait à la fois et l'Eglise et TEtat, au nom d'un radicalisme qui déjà légitimait, dans des livres fameux, « les scélérats grandioses et les affreux petits rhéteurs de 93. » En présence de ces monstrueuses aberrations, et dans le dessein de prévenir le retour de pareilles horreurs, le Pape voulut montrer, par un généreux exemple en quelle sage mesure et sur quelles bases pratiques, il entendait l'accord de l'autorité et de la liberté. C'est alors que Pie IX prit l'initiative de réformes utiles et d'institutions populaires. Il fut acclamé universellement, ce fut l'heure de Vhosanna; et un moment on se crut à la veille de ce règne de paix et de charité dont l'espoir, toujours déçu par la faute des hommes, se poursuit à travers nos discordes et nos douleurs sans cesse renaissantes.
M""^ Barat unit d'abord sa voix à ce concert, mais non sans y mêler une note craintive : « Combien je vous remercie des détails que vous me donnez sur le très-saint Père! écrivait-elle à une de ses filles de Rome. Que je serais heureuse de le voir de près, et d'aspirer à une bénédiction de vive voix! Je prie souvent pour Sa Sainteté. Je crois qu'au milieu de ces triomphes se trouvent